Îlot Saint-Jean : bienvenue aux riches

14:00 L'îlot Saint-Jean

A croire qu’elles faisaient tâche, ces barres d’immeuble. Pensez donc, 440 logements HLM construits en 1962 à quelques encablures du futur quartier d’affaires de la gare. « Cette concentration de logements sociaux ne correspond plus à l’identité des lieux », analyse un des responsables du projet de restructuration de l’îlot, à la mairie de Bordeaux. En termes urbanistiques, les remèdes à ce désordre social s’appellent « dé-densification », « dé-gethoïsation », « mixité sociale », « ré-urbanisation ». Mais quelle réalité cache ce vocabulaire ?

Au service urbanisme de la mairie, on reconnaît que l’idée de « dé-densifier » l’îlot Saint Jean a commencé à germer il y a 5 ou 6 ans. En 2003, coup de chance, l’Etat, par l’intermédiaire de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), subventionne des projets de rénovation urbaine un peu partout en France. Seul problème : la subvention ne s’applique qu’aux Zones urbaines sensibles (ZUS). Ce qui n’est pas le cas de Saint-Jean. Qu’à cela ne tienne, une dérogation est votée. « Il y avait urgence », explique-t-on à la mairie.

En 2005, le projet est voté au conseil municipal de Bordeaux : les trois barres B, C et D seront démolies. 440 logements sociaux vont voler en poussière. 337 appartements seront reconstruits sur le site… dont seulement 188 logements sociaux. Le différentiel est criant : 252 appartements à loyer modéré manquent à l’appel et seront reconstruits ailleurs. Alors, parmi les ménages qui habitaient ici en 2005, combien pourront rester sur place ? Difficile à dire, même pour Alain Juppé, le maire de Bordeaux…

S’il est si difficile, pour l’instant, de mesurer l’évolution de la population de l’îlot Saint-Jean, c’est que l’opération de relogement s’est étalée sur plusieurs années. « Beaucoup de gens vont partir d’eux-mêmes », souligne l’urbaniste. Lors de la destruction de la première barre en 2006, aucun immeuble n’était reconstruit. « Il a fallu déménager les gens dans une autre barre en attendant, puis déménager encore dans les nouveaux logements. Certains ont dû changer d’endroit trois fois en un an », se souvient un habitant de la résidence. D’autres ont préféré plier bagage tout de suite. Quant aux familles « à problèmes », elles ont été, selon Jacques Respaud, conseiller municipal, « écartées du site par le bailleur, Domofrance ». Une dizaine de familles « sensibles » auraient déjà été relogées un peu plus loin.

A la mairie, on ne fait pas mystère des objectifs du projet. « L’idée est d’amener dans le quartier une population différente, avec des revenus différents ». Pour cela, sur les 337 appartements prévus sur le site, 68 seront désormais du locatif classique et 81 seront accessibles à la propriété. Le reliquat (188) est consacré à ces fameux logements sociaux. Moitié moins qu’avant sur le site, donc… Le projet fait la joie de Christine Boutin, mais suscite la méfiance de certains habitants.

Sur ces questions, Alain Juppé, maire de Bordeaux, ne nous a pas accordé d’entretien. Quant au maître d’œuvre, la société Domofrance, que nous avons commencé à solliciter il y a une dizaine de jours, il nous indique pour l’instant qu’une «  réunion d’information serait possible courant décembre ».

W.L-D, M.M et Y.S-S

A suivre bientôt, « A la recherche du logement social bordelais »

A lire aussi, pour une petite description de l’ambiance au moment de la prise de ces deux vidéos : « Beaucoup de doigté pour un peu de miel dans le cœur »

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