Soixante ans qu’Annie Trély vit ici. Son quartier elle l’a connu à toutes les sauces. Vivant et empli de commerces ou désert et mal famé. Elle nous emmène dans les rues du Belcier de son passé.
> Des préservatifs usagés, utilisés lors des passes des prostituées, sont abandonnés sur le chantier de l’église.
Une grande flèche d’un vert fluorescent s’élève dans les airs. Les mauvais esprits lui trouveront une forme phallique. Cylindrique et nervurée, elle bande vers le ciel. Approchez, approchez… une discrète croix noire y est accolée. Cette flèche n’est autre que le baptistère de l’Eglise St-Jean de Belcier. En pleine construction, elle n’est pas encore habitée par la présence du Seigneur.
> La future église Saint-Jean de Belcier dessinée par son architecte, Denis Boullanger.
Au lendemain de l’incendie de mai 2004 qui a ravagé l’église Saint-Jean de Belcier, tous les acteurs concernés étaient unanimes : une nouvelle église devait être reconstruite. Le diocèse étant propriétaire du terrain et des locaux, c’est lui qui a engagé les démarches. Et comme le feu avait pris dans l’entrepôt voisin, c’est l’assurance du propriétaire qui a réglé la facture. D’expertise en expertise, l’indemnisation a été fixée à 740.000€.
Le 25 mai 2004, l’église Saint-Jean de Belcier a pris feu. Denise Pérusseau, la mémoire du quartier, était là. Elle nous raconte cette journée, avec à la clé une anecdote, pour le moins intrigante…
Des objets de cette ancienne église brûlée ont pu être récupérés. Les poutres en bois seront intégrées à la porte d’entrée de l’église. Les fidèles ont trouvé un christ sur la croix n’ayant qu’une épaule calcinée : symboliquement, cela renforce son martyre. Il sera remis dans la nouvelle église en construction.
L’architecte de la nouvelle église Saint-Jean de Belcier a voulu conserver un lien fort entre l’ancienne et la nouvelle église car cette église brûlée a été construite par les paroissiens eux-mêmes. D’où le choc de l’incendie…
Une petite placeà la croisée des chemins, désertée en apparence. Habitée par les étourneaux et les prostituées la nuit, les jeux des enfants et boulistes l’animent l’après-midi. Alors l’endroit devient le coeur du quartier. Belcier prend des allures de petit village. Boulistes, parents et enfants se retrouvent et s’y croisent. Le tout dans une ambiance familiale.
Denis Boullanger est l’architecte chargé de la construction de la nouvelle église Saint-Jean de Belcier. « De tout temps, les églises ont été bâties de la manière la plus contemporaine qui soit. » Ainsi soit-il. Ce que les habitants appellent le clocher en est l’accomplissement. En réalité, ce n’est pas le clocher mais le baptistère de l’église.
Des centaines d’ampoules, des mètres de câbles, un groupe électrogène et un bras mécanique de presque 20 mètres… Noël approche et les guirlandes électriques font désormais partie du décor citadin durant les fêtes. Les employés de la municipalité ont seulement quelques jours pour illuminer la place Ferdinand-Buisson. Pour ces hommes qui ne connaissent pas le vertige, la partie ne fait que commencer. Ils jouent au plus fin avec les branchages retords, dessinent des vagues dans les airs, au risque de quelques égratignures. Reportage vidéo.
> La place vue par les enfants. (photo Mélanie Favreau)
Deux ans. Deux ans que la place Ferdinand-Buisson est au centre de toutes les préoccupations des associations de Belcier. Avec la municipalité, elles ont défini son réaménagement au fil des réunions de quartier. Les travaux devraient commencer en septembre 2009 lorsque la reconstruction de l’école sera terminée. Il était temps.
> Enfance et prostitution cohabitent tant bien que mal aux abords de Ferdinand-Buisson. (photo Mélanie Favreau)
Tout y est : les grands arbres, le jeu des boulistes, les rires des mômes. Un petit détail pourtant détonne. Les prostituées attendent leurs clients au tournant. C’est mercredi, le “jour des enfants”.