TER Blues

19:41 Dossier : LGV et pôle d'affaires

Ils ne sont pas très confortables et ils craquent de partout. N’empêche, vous êtes pris de nostalgie à chaque fois que vous vous asseyez dans un de ces bons vieux trains régionaux. Vous aimez ces interminables voyages à travers les plaines d’Aquitaine. Sans parler de la promiscuité érotique, sur ces grandes banquettes communes. A tout ça, il va falloir dire adieu. Pour le meilleur et pour le pire, ces vieilles rames toutes taguées sont appelées à être remplacées et l’ensemble du réseau TER à être “modernisé”. L’arrivée de la LGV en 2016 n’est pas seule en cause. Explications en 4 points.

Bordeaux – Coutras, 6h26
>Bordeaux – Coutras, 6h26

État des lieux

“Nos infrastructures ferroviaires sont dans un état catastrophique”. C’est Alain Rousset qui l’a dit. Le président du Conseil régional est bien placé pour en parler : depuis 2002 et la loi sur la décentralisation, ce sont ses services et ceux de l’Etat qui sont responsables de l’entretien du réseau de transport régional. 270 trains, 103 autocars, 30 000 usagers quotidiens. Parmi eux, certains grognent. Plusieurs rames ont dépassé la quarantaine et se traînent sur les rails, péniblement. Par raison de sécurité, elles ne roulent qu’à 50km/h au lieu de 90. Et en plus, on les immobilise parfois pendant plusieurs dizaines de minutes, le temps qu’un TGV – toujours prioritaire – les double en rase campagne.

En 2003, pourtant, le Conseil régional a voté un plan s’étalant sur 7 ans : d’ici 2010, l’intégralité du parc ferroviaire devra être renouvelé ou rénové. Depuis, des rames AGC toutes clinquantes ont peu à peu remplacé les vieux TER. Mardi 16 décembre, la Région a alloué une enveloppe de 400 millions d’euros pour terminer le travail. Et être enfin débarrassé de tout ces vieux machins.

Martha est libanaise. C'est la première fois qu'elle vient en France et Lourdes est pour elle une étape « incontournable ».
>Martha est libanaise. C’est la première fois qu’elle vient en France. Elle se rend à Lourdes, “une étape incontournable”.

Rationaliser les flux

En plus de ces nouveaux engins, la réponse à la modernité, c’est le cadencement. Depuis juillet 2008, 5 lignes de TER quittent Bordeaux sur un rythme “cadencé” : c’est toujours le même intervalle de temps qui sépare deux départs. Désormais, le Bordelais qui veut se rendre à Mont-de-Marsan peut choisir de s’y rendre à 10h36, 12h36, 13h36… Ce système a pour principal avantage de fidéliser l’usager qui mémorise les horaires bien plus facilement. “Cette mesure fut une bonne surprise, elle fonctionne plutôt bien”, note Christian Broucaret, délégué aquitain de la Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT). Dès 2010, ce système devrait être adopté par l’ensemble du réseau.


Et cette petite révolution ne s’arrête pas là.
Les lignes nouvellement cadencées desservent avec une stricte égalité chacune des gares régionales ponctuant son parcours. En somme – la région ne s’en cache pas – il s’agit de faire de l’Aquitaine une immense périphérie de Bordeaux, en exploitant le réseau que parcourait le TER à la manière du Transilien, au risque d’entériner la “banlieue-isation” de la région. La capitale girondine serait alors un grand “centre d’affaires européen”, qu’entoureraient des communes vassales plus ou moins prospères.

Bordeaux – Pau, 6h34.
>Bordeaux – Pau, 6h34.

Le mutisme de la SNCF

A noter que cette “rationalisation” n’a que peu à voir avec l’arrivée de la LGV. Régis Chanteau, chef du service en charge des transports régionaux au sein du Conseil régional souligne qu’il “est difficile pour la région de prévoir comment se conjuguera demain le réseau TER avec les nouveaux TGV. La SNCF n’a communiqué aucune information sur la fréquence des futurs TGV”. C’est que la SNCF est dans une situation périlleuse. En 2010, la société se retrouvera en concurrence avec toutes celles qui ambitionnent de faire circuler des trains sur les lignes de Réseau ferré de France (RFF). Et déjà, la rumeur court. Le Conseil régional pourrait donner la totalité de l’exploitation du réseau TER aux sociétés de transport Keolis ou Veolia.

Et autre coup dur pour la SNCF : Air France – directement concurrencée par les nouvelles LGV – penserait à pénétrer le marché du rail en complément de son activité aérienne. Et de proposer ses propres rames pour le parcours Paris - Bordeaux. Menacée sur deux fronts, la SNCF préfère donc ne pas sortir de l’ambiguïté. Mais raisonnent toujours les bruits de couloirs. Une autre rumeur se fait persistante. A chaque arrêt d’un TGV, la SNCF paie une taxe de stationnement à RFF. Aussi, par souci d’économie, la société des chemins de fer prévoirait de ne plus desservir par TGV huit des douze grandes gares d’Aquitaine : Bayonne ? Agen ? Pau ?… Libourne serait la première concernée. En clair, le Libournais venant de Paris ne pourrait plus s’arrêter directement dans sa ville mais devrait désormais poursuivre sa route jusqu’à Bordeaux, avant d’attraper le TER qui le déposera à son terminus. En situation de concurrence, la SNCF n’aurait plus de scrupule à sauter le pas. Ce désengagement “est très probable”, selon Christian Broucraret.

Ce matin; les guichetiers sont en grève. Les contrôleurs devront être particulièrement attentifs à la fraude.
>Ce matin, les guichetiers sont en grève. Les contrôleurs se sont passés le mot : gare à la fraude.

Vers des bouchons dans le sud de Bordeaux ?

Interdiction donc, pour la SNCF, de manquer le rendez-vous de 2010. D’autant que tous les indicateurs économiques prophétisent que le XXIe siècle sera celui du rail. D’abord en ce qui concerne le fret. Les sociétés généralisent la stratégie de “flux tendu” : il s’agit de distribuer les marchandises au plus vite et d’amoindrir ainsi les frais de stockage. Sans oublier la raréfaction du pétrole qui encourage entreprises et voyageurs à utiliser le train. Rien que pour le transport des personnes, la SNCF table sur une augmentation de 3 à 4,5 millions d’usagers sur la ligne Bordeaux – Paris une fois la LGV opérationnelle.

Mais comment seront drainés ces millions de nouveaux voyageurs, pour qui Bordeaux n’est qu’une étape, vers le Sud Ouest et le Sud Est ? Certes, la modernisation de l’équipement permettra une meilleure fluidité des déplacements des transports régionaux. Mais le trafic croît considérablement chaque année et même après la disparition du “bouchon bordelais”, pas sûr que la ligne du Sud puisse digérer toutes ces arrivées. Plus de voyageurs mais pas plus de lignes. Jusqu’à ce que soient ouvertes en 2020 - au mieux-, les deux LGV reliant Bordeaux à Dax et à Toulouse. “Tout nos efforts sont concentrés sur 2003 – 2010. Et face au silence de la SNCF, on peut difficilement prévoir l’organisation de demain”, explique Régis Chanteau. Une bonne nouvelle tout de même pour l’avenir du transport régional : une fois les lignes LGV du Sud achevées, l’ensemble des lignes “classiques” seront réservées aux seuls transports régionaux. De petites gares peu fréquentées avaient fermé pour cause de rentabilité. Certaines pourraient rouvrir.

Benjamin Huguet

Un commentaire
  1. Cassagnau Alain :

    Date: 12 juin 2009 @ 11:16

    Je lis “proximité érotique” dans les TER… Gloups !!! Il y en a qui se laissent exciter par quatre fois rien et n’importe quoi !!! Si jeune et déjà fétichiste ??? Hou lààà… vite, un psy !

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