Je donne ma langue au “chaminot”

19:47 Sur les rails
Miaou! Un chat du quartier Belcier
> « Miaou ! » Un chaminot, dans le quartier de la gare

Le rail est un univers. Les métiers du train sont un monde avec ses codes, ses habitudes, son histoire et, bien sûr, sa langue. Exemple de parler « chaminot » dans le texte, flanqué de sa traduction.

Cette nuit, je suis en découché, Thérèse. Faire attention au champignon et au fromage blanc, j’en viens presque à espérer des cacahuètes… Je m’arrête devant le cinéma, à moitié endormi, lassé de chercher sous les fourrures des formes inattendues. Car, à chaque fois, c’est la même chose. Je ne suis plus surpris. Alors, entre deux accouplements, je traîne. Je regarde les épaves oubliées, essayant de deviner leur histoire. Mais elles restent muettes. Quand je ferme les yeux, assoupi, je vois surgir devant moi, sous mes paupières lourdes, des soutiens-gorges de toutes parts. C’est pas une vie. Un peu plus, et c’était l’homme-mort qui prenait ma place. Si au moins je menais une existence colorée, mais non. C’est la nuit, en province. Entre deux cœurs, je cherche de loin les étoiles, mais j’en suis trop loin pour les voir. Je repars. Des nuits comme celle-là, quand je choisis la solitude, je peux, parfois, entendre les âmes chanter.

Dictionnaire cheminot :

En découché : le cheminot ne dort pas chez lui, service oblige
Thérèse : voie 13, pour ne pas confondre avec la voie seize.
Champignon : partie supérieure du rail
Fromage blanc : chapeau blanc du chef de gare
Cacahuète : plaque de signalisation qui indique la fin de la caténaire. Le conducteur du train doit s’arrêter avant
Cinéma : tableau lumineux à l’avant des locomotives qui permet d’identifier les trains
Fourrure : pièce de bois intercalée entre les joints du rail
Accouplement : liaison d’ordre mécanique entre deux locomotives
Epave : colis non réclamé
Soutien-gorge : signal en forme de soutien gorge : les conducteurs doivent s’arrêter, il indique qu’après il n’y a plus de caténaire
Homme-mort : dispositif dans les locomotives pour contrôler l’état de veille du conducteur. L’homme mort arrête le train si le conducteur a un malaise ou s’endort
Mener une existence colorée : conducteur de transilien aux heures de pointe, en raison de tous les panneaux, de toutes les couleurs, qu’il rencontre à cause du trafic très dense
Cœur : dans un aiguillage, permet le croisement de deux rails de destinations différentes
Etoile : ensemble des lignes rayonnant autour d’une gare importante
Ame : partie la plus fine du rail, entre le patin et le champignon. Elle peut résonner en émettant des vibrations sonores, c’est ce qu’on appelle un rail chantant

Ce qui donne :

Cette nuit, je suis de service, voie 13. Faire attention à la partie supérieure des rails et au chapeau blanc du chef de gare, j’en viens presque à désirer la plaque de signalisation qui indique la fin de la caténaire, et donc, de mon voyage. Je m’arrête devant le panneau lumineux qui me permet d’identifier le train, à moitié endormi, lassé de chercher sous les pièces de bois intercalées entre les rails des formes inattendues. Car, à chaque fois, c’est la même chose. Je ne suis plus surpris. Alors, entre deux liaisons mécaniques entre deux locomotives, je traîne. Je regarde les colis non réclamés et oubliés-là, essayant de deviner leur histoire. Mais ils restent muets. Quand je ferme les yeux, assoupi, je vois surgir devant moi, sous mes paupières lourdes, de toutes parts, des signaux m’avertissant que la caténaire prend fin. C’est pas une vie. Un peu plus, et c’était le dispositif d’urgence qui stoppe le train quand le conducteur s’endort qui prenait ma place. Si au moins je conduisais des transiliens en heure de pointe, mais non. C’est la nuit, en province. Entre deux aiguillages, je cherche les lignes qui rayonnent autour d’une gare importante, mais j’en suis trop loin pour les voir. Je repars. Des nuits comme celle-là, quand je choisis la solitude, je peux, parfois, entendre la partie la plus fine du rail qui se met à chanter.

Jessica Thomas

2 Commentaires
  1. Cassagnau Alain :

    Date: 12 juin 2009 @ 11:11

    Bonjour, j’ai lu votre texte utilisant le jargon cheminot que vous mentionnez. C’est bien d’avoir essayé, mais il est clair que vous ignorez de quoi vous parlez (votre texte suggère que le conducteur est à bord d’un train fou, ce qui n’est même pas possible). Soyez tranquille, je ne vous le reproche pas, le monde cheminot est vraiment spécial, difficile à comprendre, comme dans tous les métiers durs et exigeants.
    Cordialement,
    Alain Cassagnau, bordelais, membre de plusieurs associations de préservation de patrimoine ferroviaire.

  2. Célia :

    Date: 29 novembre 2011 @ 21:30

    Pour vous répondre, Alain, vous manquez vraiment de poésie! C’est un très joli texte, je trouve, et le langage “cheminot” est bien utilisé.
    Célia, ancienne terminale littéraire, voyageur régulière en train.

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