Chacune son bout de trottoir

17:29 Sur le trottoir

Dans le milieu de la prostitution, il existe une règle tacite : un secteur doit être quadrillé par ethnies. Les anciennes ont négocié l’accord de façon à ce que chacune ait sa rue. Les ennuis commencent quand cette négociation n’est plus respectée. Même si les filles n’y sont pour rien. La rénovation du quartier les oblige à se concentrer là où le tram ne passe pas. Alors, on assiste à une sectorisation par ethnie. Résultat : des conflits parfois violents.

 

Les premières arrivées étaient les Françaises, les Africaines les ont suivies, avant que n’arrivent les Bulgares. De « trente à cinquante prostituées », selon la police des mœurs, qui font le trottoir dans les rues du quartier 24h/24. Les quelques Françaises préfèrent travailler de 7 à 14 h. Les Bulgares de 10 à 18 h. Quant aux Africaines, elles officient de 19 h jusque tard dans la nuit. Dans une superficie de moins de 40 km2, impossible de ne pas les remarquer. De jour comme de nuit, elles quadrillent le secteur selon des codes de bon voisinage. Chacune est censée avoir son bout de trottoir.

Le jour, le noyau dur des Bulgares se situe autour de deux ronds points, celui derrière le Pont en U et celui devant le café Alfredo. La circulation y est dense. Les autres sont disséminées dans la rue principale du quartier, la rue Son Tay. Pas question d’aller sur la place Ferdinand Buisson qui est, depuis longtemps, la chasse gardée des Africaines.

19 h : les Africaines se rejoignent sur la place en question, désertée par les boulistes et les mères de famille. Belles anglophones à l’allure adolescente, elles sont originaires du Sierra-Leone et du Libéria. Chaque soir, elles sont postées devant l’Eglise en construction et devant l’école primaire. Trois devant la porte bleue de l’école, une devant l’Eglise. Les Africaines ont un autre lieu de prédilection où les Bulgares ne s’aventurent pas : le parking Orlano. Là-bas, elles sont cinq à six très jeunes femmes à travailler jusqu’au bout de la nuit.

Concentration inquiétante

Elles se retrouvent souvent par deux, côte à côte, à attendre le client. Sur le trottoir d’en face, deux autres copines leur font concurrence. Elles se partagent les mètres qui leur restent. Et ce phénomène de concentration va s’amplifier. C’est ce qu’explique Philippe Guillemet, sociologue spécialiste de la prostitution dans les milieux urbains : « C’est le dernier quartier en mouvement de Bordeaux. L’arrivée du tram et la venue d’une population moins populaire va provoquer une mixité des genres. C’est une véritable course entre la rénovation du quartier et la présence des prostituées qui est engagée.» Les filles sont confinées entre les quais et la place Ferdinand Buisson, dans des endroits pas encore rénovés que Philippe Guillemet appelle les « no man’s lands ». Là où le tram ne passe pas. Idem, elles se déplacent selon la rénovation du quartier.

Tensions

Il existe un secteur que se disputent les filles : la rue d’Armagnac. Toujours les mêmes accords : le jour, les Bulgares ; le soir, les Africaines. Selon des règles tacites, les Bulgares doivent céder leur place à 21 heures. Mais, souvent, les Africaines arrivent à 18 heures. Un manque à gagner pour les Bulgares qui se plaignent de ne plus avoir assez de clients.

Selon Philippe Guillemet, cette concurrence entre elles est inévitable. « La concurrence interethniques est renforcée par le rétrécissement du territoire. Cela provoque des conflits d’usage de leur territoire parfois violents. » Il parle même de « racisme » pour évoquer leurs relations conflictuelles.

« Le fait d’être victime du racisme est producteur du racisme. Les Bulgares subissent les critiques des Françaises qui les accusent de casser les prix. Mais de leur côté, elles font pareils avec les Africaines en disant qu’elles travaillent de manière sale, sans préservatifs.» Cette guerre des secteurs n’est pas près de s’atténuer. Les Bulgares, plus nombreuses avec l’ouverture des pays de l’Est à l’Union européenne, jouent des coudes pour gagner quelques mètres de plus.

Christelle Juteau et Virginie Wojtkowski

15 Commentaires
  1. Diouk :

    Date: 3 septembre 2009 @ 11:46

    Résident actuellement depuis deux ans dans le quartier et maman d’une petite fille scolarisée à l’école Beck, je suis profondemment gênée de croiser tous les soirs à la sortie des classes des prostitués sur notre chemin. Il me semblait pourtant que des mesures avaient été prises afin d’éviter cette cohabitation avec nos enfants, que je juge pour ma part malsaine. La situation va t-elle s’améliorer pour le bien-être de tous? je l’espère.

  2. rebecca :

    Date: 20 janvier 2010 @ 19:08

    je suis d’accord avec cette dame et de plus je trouve mal sain de leur part de faire cela avec des hommes mariés et qui plus ais ont des enfants, elle ne se doutes donc pas du mal quelles peuvent faire à ces couples.à quand l’interdiction de la prostitution?

  3. magalie40 :

    Date: 9 novembre 2010 @ 18:02

    a quand la réouverture des maisons closes? Messieurs les politiques avec controle médical

  4. Anne :

    Date: 30 novembre 2010 @ 1:33

    @Diouk : “profondément gênée”? Sur quelle planète vivez-vous? La prostitution a toujours existé et existera toujours. En quoi est ce que ça gêne? Vous avez peur de corrompre l’âme éternellement innocente de votre enfant à la seule vue d’une femme vendant ses charmes? Ceci justifie de les repousser toujours plus dans des lieux sordides? Je préfère mille fois les prostituées aux dealers, eux n’hésiterons pas à démarcher vos enfants.

  5. antoine :

    Date: 16 décembre 2010 @ 15:01

    Rebecca: “cela avec des hommes mariés et qui plus ais ont des enfants, elle ne se doutes donc pas du mal quelles peuvent faire à ces couples”
    Il ne faut pas blâmer les prostituées, vous vous plaignez qu’elles prennent les hommes mariés? Mais plaignez vous des hommes mariés qui vont voir c’est femmes désespérées ! c’est a eux que revient la faute, et oui en plus la plus pars on des enfants, c’est en effet regrettable. Cependant cela concerne la vie privé des familles, à eux de gérer leur couples… Ensuite, ces femmes, vous ne pensez pa qu’elles sont malheureuse? que leurs vies n’ont jamais commencée? c’est a la société de les aider! on pense régler leur cas en faisant des arrêtés mais allons a la source du problème ! prenons les en charges socialment !

  6. Leo :

    Date: 18 avril 2011 @ 1:23

    plus un homme est heureux dans son couple, moins il aura l’idée d’aller voir une prostituée…

  7. shake :

    Date: 25 septembre 2011 @ 1:35

    anne et antoine : il n y a pas plus au courant que vous, vous pointez du doigt le réel problème. merci

  8. Lisa.M :

    Date: 8 décembre 2011 @ 10:11

    Bonjour, nous sommes des étudiant de 1e ES et cette année nous faisons un TPE sur la prostitution. Nous avons écouter l’enregistrement qui a été effectué concernant les heures te tapinages des différentes éthnies et nous aurions voulu en parler dans notre exposé. Est-ce que se serait possible que vous nous communiqiuez l’enregistrement par mail ou autre ?

    Merci d’avance,
    Les élèves du lycée Fernand Daguin.

  9. titoe :

    Date: 23 décembre 2011 @ 14:29

    Les femmes vivant en couple ont beau jeu de se plaindre des prostitué(e)s. Si elles satisfaisaient leur homme… mais c’est bien pour ça que les prostitué(e)s les irritent : ils ou elles leur enlèvent leur moyen de pression. Ils ou elles cassent leur monopole sur la sexualité de leur homme, monopole dont elles aiment tant user et abuser.

  10. bee :

    Date: 8 avril 2012 @ 9:23

    besoin de femmes comme celà, qui calment en fait les couples, évitent des viols!

  11. annev :

    Date: 8 avril 2012 @ 21:03

    c est ridicule tous ces propos.
    les prostitué(e)s ne vendent pas leurs charmes , elles vendent leur bouches, leurs vagins et leur anus. 70 % des putes ne le font pas par plaisir ou même choix délibéré mais via une organisation mafieuse specialiste du trafic humain ( notamment humain de pays pauvres BULGARIE AFRIQUE ECT)la majorité des femmes ou hommes qui se prostituent aimerait être considéré différemment qu un sac à sperme, d ailleurs c est rarement une vocation ou un rêve d’enfant. Enfin dire que les hommes mariés vont les voir parceque ca ne va pas , c est risible ! c est un motif grossier,est ce qu une femme mariée et pas comblée dans son mariage( et dieu sais qu il y en a autant que les hommes) aura idée d aller faire un tour pour se “vider” dans un etre humain , histoire que ca regle le probleme peut etre ? enfin quand les gens disent que si il n y avait pas de prostitution il y aurait plus de viols c est parfaitement idiot. les hommes qui vont voir des putes ne violerait pas pour autant si il n y en avait pas. VIOLER ce n est pas avoir un rapport sexuel, c est FORCER un rapport sexuel avec quelqun en face qui cri pleure et tremble… et c est moins bandant.

  12. annev :

    Date: 8 avril 2012 @ 21:08

  13. lola :

    Date: 10 septembre 2012 @ 18:17

    coucou, je suis Lola et je suis une pute… Prostitué, escorte, vendeuse de charme bref c’est de la sémantique… Je n’ai jamais était abusé par qui que ce soit, ni dépendante de quoi que ce soit si peut être de Despérate houswives”… J’aime l’argent, j’aime le sexe. Et surtout je suis profondément fainéante… Je ne bois pas, je ne me drogue pas… Et je suis en couple. Ma vie de couple vas très bien, et mon taff me plait (être pute). Je suis respectueuse et respectable… Je ne vais pas a la rencontre des hommes, ce sont eux qui viennent a moi. Cela ce passe dans mes conditions sinon rien… Je ne suis ni une “piqueuse de mari” ni un “sac a foutre humain” tout mes rapports sont protégés. Je ne dit pas que la prostitution est bien… Chacun a son avis. Le mien et comment je l’exerce me convient. Et vaux mieux que votre mari vous trompe avec une pute qu’avec votre meilleurs amie… non ? Et s’il vas voir ailleurs c’est qu’il en a besoin… J’ai des réguliers qui me payent des prestations sans qu’il y ait de sexe… et je prend très chère… La crise, je ne la connais pas…Donc si vous êtes assez hargneuse envers les putes, c’est que vous êtes uniquement jalouse… Et quand on aménage dans un quartier de putes c’est risible de se plaindre sous prétexte des enfants… si vous êtes gênée… Partez… Allez vivre dans les beau quartiers totalement rénovés… Mais il faut y mettre le prix… Et question argent, on est tous dans la même galère… loyer trop chère alors quartier mal famé pour petit loyer… en contre partie faut partager l’espace avec ceux et celles qui y vivent déjà… et souvent c’est des putes… Et perso, je préfère que mon fils de 8 ans voie du coin de l’oeil des putes qui ne lui feront strictement rien, que d’aller au catéchisme et se faire toucher par des prêtres pédophile… A bon entendeurs…

  14. Yann :

    Date: 8 janvier 2013 @ 3:57

    Brava, bravo, brava! Ben, alors, personne n’a répondu après cette sublime intervention… Pourtant, c’était bien écrit, bien pensé, bien vécu.
    Je suis un homme et je suis marié, pére de 2 enfants. A 38 ans, je n’ai jamais eu de rapport sexuel avec une prostituée. Néanmoins, j’en ai déjà rencontré et la discussion était toujours fort agréable, parfois intelligente…
    J’aime beaucoup l’extase amoureuse, l’abandon des corps et parfois le mariage, une certaine routine peuvent amenuiser cet élan.
    Je comprend donc aisément ces hommes qui ne sont pas forcément dans la faiblesse, la bassesse, la honte,la simple fornication. Existe-t’il peut etre là-deans une part de leur curiosité…
    Amicalement. YLB

  15. Alphonso :

    Date: 24 mars 2013 @ 8:12

    Mesdames, je comprends tout ce qui vous choquent, et concernant les hommes mariés permettez moi de vous livrer mon expérience par deux fois. Les femmes se servent du sexe comme d’une monnaie d’échange dans le couple. Au début il ny’ a pas de souci tout se passe bien et puis la vie de couple s’installe, les enfants etc… et le mari doit se contenter de quelques rapports physiques par mois quand ce n’est pas par an. Les hommes ont des besoins de sexe, donc mesdames si vous souhaitez avoir des maris fidèles, donnez leur ce dont ils ont besoins pour être épanouis et ne soient pas obligés d’aller le chercher ailleurs.

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