Très chères caméras

13:58 Au fil des rues
Une des dix caméras de vidéosurveillance à l'angle de la rue du Commerce. (photo Mélanie Favreau)
> Une des dix caméras de surveillance, à l’angle de la rue du Commerce.

La vidéosurveillance, dans le quartier, c’est un sujet épineux. Elles ne vous épient que depuis un an et, déjà, les commerçants doutent de leur efficacité. Quand on pose des questions à la mairie sur le pourquoi du comment de leur installation, le service relation presse se tait : « On ne communique pas là-dessus. »

Elles sont au nombre de dix, sur les quarante-sept que compte Bordeaux. Situées le long de la rue du Commerce et du quai de Paludate, elles sont installées depuis le 18 décembre 2007. Leur but ? Selon le compte rendu du conseil municipal du 24 septembre 2007, il s’agit « d’améliorer la situation qui porte manifestement préjudice à la tranquillité publique. » Un euphémisme pour désigner les attroupements de fin de soirée à la sortie des boîtes, accompagnés des cris, bris de bouteilles, bagarres et autres désagréments en tout genre. Ces beaux joujoux ont été positionnés sur les conseils de la police nationale, selon l’analyse de la délinquance dans le secteur et des infractions constatées par la brigade des débits de boisson de la sûreté départementale. Elles sont reliées aux écrans du poste de commandement de la police municipale, ce qui permet, en théorie, une intervention plus rapide des patrouilles lors des bagarres, ou l’envoi de renforts conséquents.

650 000 euros

En théorie. Car en pratique, les commerçants n’ont pas noté de véritable amélioration. « Les services de police n’arrivent pas plus vite qu’avant », explique Christelle Tonin, secrétaire au Comptoir du Jazz. « Et il n’y a pas plus de patrouilles », soupire-t-elle. Même son de cloche du côté de l’Austin : « On est toujours obligé d’appeler les flics nous-même et ce sont les vigiles qui assurent la sécurité ! » Ces deux établissements n’avaient pas fait la demande d’installation de caméras. « Nous, ce qu’on veut, c’est qu’il y ait plus de patrouilles. Ce sont les riverains qui ont obtenu la vidéosurveillance, insiste Christelle Tonin. On espère que sur le long terme, la situation va s’améliorer, vu le prix… » Ces caméras ont en effet coûté pas moins de 650 000 euros. Une somme. Et qui n’influe guère sur le sentiment d’insécurité qu’on relève chez les riverains. Christelle Tonin  conclue : « C’est vrai que les gens qui font des bêtises se sentent espionnés, mais le résultat est sensiblement pareil. On se demande même si elles ne sont pas factices ! »

Véritable mur

Factices, non. Ces caméras sont bien là. Et leur installation pose des questions, notamment s’agissant des libertés publiques. D’ailleurs, nous avons voulu en savoir plus là-dessus. Nous nous sommes appuyées sur ce généreux principe inscrit dans la loi du 21 janvier 1995 d’orientation et de programmation relative à la sécurité (article 10 et 10-1) : « Le public doit être informé, de façon claire et constante, de l’existence du système de vidéosurveillance et de l’autorité ou de la personne responsable . » C’est donc en toute quiétude que nous avons interrogé la mairie, gérante du système de vidéosurveillance urbaine. Nous nous sommes heurtées à un véritable mur, malgré de nombreux et vains appels. Et ce, sans justification. Il ne nous restait plus qu’à fouiller sur Internet. Heureusement, nos confrères de Sud Ouest avaient déjà mené l’enquête. En compilant quelques articles,  nous avons pu retrouver, traquer et filmer ces caméras qui épient vos journées et vos nuits.

Mélanie Favreau et Carole Filiu

Un commentaire
  1. La Marne :

    Date: 5 décembre 2008 @ 22:32

    Vidéo exellente!
    Mais sujet épineux à première vue… allo allo la mairie, ce serait bien de vous exprimer sur ces caméras, c’est moche de rester muet …
    A suivre j’espère

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