Les horaires du train sont sacrés

19:50 Sur les rails

Bordeaux possède un Sacré-Cœur. Une église, place du Cardinal Donnet, avec deux clochers et deux horloges. L’une affiche l’heure en chiffres romains et l’autre est plus originale, avec un cadran allant de zéro à vingt-trois. Les jours où il ne pleut pas, on peut croiser sur la place, au pied de l’édifice, d’anciens cheminots amateurs de pétanque. Yvon Leonet est de ceux là. A 86 ans, il aime raconter qu’il est à la retraite depuis cinquante ans. « J’ai autant de service actif  à la SNCF que de retraite », confie-t-il.

Il vit rue Pierre Loti depuis plus de cinq décennies. Son père conduisait des trains à vapeur en Dordogne et son frère travaillait pour le chemin de fer à Périgueux. Démobilisé en 1945 du front de la Rochelle, Yvon est entré à la SNCF comme « mécano », ouvrier aux dépôt de trains de  Bergerac. Il se souvient de « ce coin rouge » où le Parti communiste essayait toujours de les enrôler, lui et ses copains de la CGT. Toujours syndiqué, il est un retraité « actif » qui participe encore aux manifestations.
Avant de s’installer à Bordeaux, il manœuvrait sur la ligne entre Marmande et  Sarlat. Très vite, il est rapatrié ici au dépôt de trains du réseau du Midi. Un boulot difficile qui consistait à monter des engins sur des verrins et à s’occuper des machines. Par sa voix, les locomotives et les belles mécaniques ont conservé leurs charmes. Il est intarissable au sujet de modèles comme la 121ou la 130. Il interrompt sa partie de boules pour expliquer les termes. « Le “1″ pour une roue porteuse à l’avant et le “30″ pour les trois gros essieux ». Il confesse avoir seulement manipulé de« la vapeur ».  Et les trains électriques ? Il les a un tout petit peu pratiqués, vers la fin de sa carrière, notamment la 68000 Diesel.

En cette fin d’après-midi, les souvenirs affluent, tout comme les anciens compagnons d‘équipe. Les cheminots, dans le quartier, n’ont pas totalement disparu. M. Canet, 80 ans, est fier d’avoir fini chef de magasin à Bordeaux. Même s’il n’habite plus sa maison à Belcier, rue Carle Vernet, il revient pour se balader, revoir le coin. Il se rappelle les patrons qui avaient fait Polytechnique mais qui avaient porté « le bleu de travail pour comprendre le métier. Les nouveaux maintenant, il ne connaissent que la piste qui mène au bureau ».

Les cloches du Sacré-Coeur sonnent 17 heures. Les vieux messieurs expliquent l’horloge si spéciale. « Un train ne part pas à deux heures de l’après-midi mais à quatorze heures, et on ne débauche pas à sept heures mais à dix-neuf ». Pour la SNCF, les horaires sont sacrés.

Raphaël Burgos

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