Le triste destin de la passerelle Eiffel

13:50 Derrière les pelleteuses
> La passerelle traverse la Garonne sur plus de 500 mètres. (Photo DR)
> Même amputée, la passerelle Eiffel n’a pas dit son dernier mot. (Photo DR)

Il faut bien avouer qu’elle a perdu de sa superbe. Pensez. Passer du statut de pont ferroviaire à celui de simple curiosité historique : c’est la vie duraille. La passerelle Eiffel, première réalisation du jeune Gustave en 1858, semble bien proche de sa fin. Si proche que le processus de sauvegarde lancé par les descendants de l’ingénieur ressemble à un acharnement thérapeutique. Pourtant, la sauver est à la fois possible, légitime et… fortement conseillé par l’UNESCO aux pouvoirs publics.

Réseau ferré de France (RFF), propriétaire de la passerelle, l’avait annoncé depuis longtemps : l’élargissement du franchissement ferroviaire de la Garonne passait par le démantèlement de l’antique monument. Inutilisable, gênant car trop proche du nouveau pont “LGV”, cher à entretenir, le vénérable édifice n’avait plus sa place au-dessus de la Garonne. Toutes les études de terrain menées par Eiffage, maître d’œuvre du nouveau pont, ne prenaient d’ailleurs pas la passerelle en considération, puisqu’elle était censée disparaître.

Sauvegarde en cours…

Oui mais voilà, c’était sans compter sur Myriam Larnaudie-Eiffel, descendante de l’ingénieur. Avec son association, elle a tout fait pour sauvegarder l’oeuvre de son ancêtre. Elle a alerté l’opinion en agitant cette épée de Damoclès pendue au-dessus des décideurs publics: le démantèlement pourrait coûter à Bordeaux son classement au patrimoine mondial de l’Humanité. A l’Unesco, en effet, la ville fait l’objet d’une surveillance renforcée. Le projet de pont Bacalan-Bastide, autre franchissement du fleuve, ne fait qu’accroître le problème : il y a une question “passage de la Garonne” que la cité doit résoudre. « Une fois la ville classée, la vie continue, admet Daniel Baillon, conseiller à la commission française pour l’organisation internationale. Ça laisse de la place aux évolutions urbanistiques ». Certes, mais attention à la cohérence globale. Ayant senti passer le vent du boulet, Alain Juppé a dû réagir en urgence. La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) a été sollicitée. L’organisme a désormais jusqu’à juin 2009 pour prendre une décision : classer ou non le vieux pont métallique au rang de monument historique.

Et après ?

Si c’est le cas, la passerelle aura sauvé sa peau. Il sera interdit de la déplacer à sa guise, elle ne pourra être réaménagée que sous conditions. Et puis, RFF voudra s’en défaire. Geneviève Latxague, chargée de communication, le confirme : « Nous n’avons pas vocation à conserver le patrimoine ». Il faudra donc s’en débarrasser. La céder, éventuellement pour un euro symbolique, à qui voudra prendre en charge les travaux de rénovation. Et c’est justement là que ça coince.
Les études diligentées par la DRAC, qui coûtent déjà 300 000 euros à elles seules, permettront de déterminer le prix de l’hypothétique réhabilitation. En gros, 10 à 15 millions d’euros. Si Alain Juppé s’est montré favorable à une éventuelle sauvegarde, il semble beaucoup moins disposé à payer seul la note. « La mairie s’engage à donner 2 ou 3 millions », explique-t-on du côté du Palais-Rohan. Où piocher le reste ? Les regards se tournent vers les autres collectivités. Problème, ni la CUB, ni le Conseil général, ni la Région ne se sont penchés sur la question. Alain Rousset y va même à reculons, estimant dépenser déjà « des sommes considérables » dans le projet LGV. Le parcours du combattant de la passerelle Eiffel est donc loin d’être terminé. Et paraît condamné, pour le moment, à déboucher sur une impasse.

Florent Pecchio

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