La vie rêvée du loft, au Moulin de Saïgon

20:25 Au fil des rues

Il était gris, il était sombre, oublié, invisible dans le paysage. Aujourd’hui, la façade blanche nettoyée a révélé cette petite perle d’architecture. Le Moulin de Saïgon est situé rue du Mascaret. La Garonne coule à 500 m en contrebas. Difficile d’imaginer sa roue, disparue, brassant l’eau d’un affluent du fleuve. Les éléments historiques manquent pour restituer le passé de ce bâtiment emblématique d’un quartier transformé par les rénovations urbanistiques successives.

Maxime vit dans ce loft depuis deux ans.
> Maxime vit dans ce loft depuis deux ans et demi.

Une seconde vie

C’est courant 2005 que Norbert Fradin, personnage notoire de l’immobilier bordelais, s’est porté acquéreur de la bâtisse : « On m’a signalé un jour l’existence de cet immeuble. Il était dans un état de déliquescence avancée. Je l’ai trouvé intéressant au niveau de sa structure, intérieure, avec ses poutres et ses trappes au plafond, comme extérieure, avec ses curieux contreforts. » Il s’engage alors à lui refaire une beauté : « J’essaye d’arriver à trouver une seconde vie à ce genre de bâtiment qui mérite d’être conservé. On va faire la même chose avec un immeuble rue de Cabanac. Il est moins beau, moins original mais il a quand même une force. Ce quartier va être métamorphosé avec tous les projets en cours. L’idée c’est de ne pas faire table rase de tout, il y a des éléments qui doivent être conservés. »

Au cours des travaux, l’immeuble a été divisé en seize lofts de 80 et 130 m². Avec un quatrième et dernier étage de 230 m²… qui devrait rester non cloisonné. Le prix du m² varie de 1200 à 1400 €. « On a vendu les plateaux bruts pour laisser la possibilité aux acquéreurs de les aménager à leur goûts. »

Chez Maxim’s

« Il n’y avait rien d’autre, juste une arrivée d’eau et une cloison, c’est tout. Ah si ! Un compteur de chantier : je n’avais qu’une seule prise au début, sur laquelle je branchais toutes mes multi-prises. Pour être aux normes, il faudrait installer un vrai circuit électrique ; pour l’instant, j’ai réussi à tirer quatre lignes ! C’est pas franchement légal mais c’est provisoire ! J’ai d’ailleurs pas encore fait de grosse soirée, j’ai peur de tout faire sauter ! »
Maxime Christen, 29 ans, vit au Moulin depuis juin 2006. A la fin de ses études, il veut se poser. Il découvre le Moulin de Saïgon dans les petites annonces, le visite et l’achète : « Le bâtiment a de la gueule, je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté. » Acheté pour 180 000 €, l’appartement est un vaste plancher de 130 m², séparé du voisin – qui possède exactement le même loft – par une cloison de Placoplâtre® épais.
Maxime n’a pas encore les moyens de réaliser des travaux onéreux. Depuis son emménagement, il a déjà pas mal bricolé, mais il reste tant à faire : les 80 m² de cave – de galeries presque - juste en-dessous du salon, sont à isoler de l’humidité ; pour tout chauffage, deux petits poêles à gaz et à pétrole. « Le premier hiver a été particulièrement difficile ! » La prochaine étape : l’isolation du plafond, fait de magnifiques poutres en bois soutenues par quatre colonnes en fonte.

Pour se préserver du froid et surtout de la poussière de son appart en chantier, il s’était fabriqué une petite « bulle » de fortune avec des bâches tendues jusqu’au toit. « Mais je suis vite devenu claustro ! » Petit à petit, le lieu prend forme. Ni spartiate, ni confortable. Mais relativement cosy. Pas de télé. Pas Internet. Pas de chauffage. Il ressemble plus à un atelier d’artiste, avec son panneau blanc de “libre expression” lors des soirées arrosées, qu’au vaste living-room d’un ingénieur de la chambre d’agriculture de la Gironde. Un quasi-squat ouvert aux amis de passage. Un moulin en somme, qui recueille des meubles « laissés par des potes » : un vieux baby, des sofas, un établi, une planche de surf… « Y’a pas grand-chose à moi en fait ! »
Question orientation, le hasard – ou l’architecte de l’époque – a bien fait les choses. En été, les rayons du soleil tapent sur le rebord de la fenêtre et laissent ainsi le loft à l’ombre. En hiver au contraire, ils balaient toute la pièce du soir au matin grâce aux nombreuses ouvertures.


Le plongeoir

Frédéric travaille dans le milieu associatif. Il aide les personnes en difficulté à se réinsérer dans la vie active. Souvent entre deux trains, il ne travaille pas sur Bordeaux, et cherchait, pour sa cinquième maison, la proximité de la gare.

C’est aussi un coup de coeur « et le potentiel de l’habitat » qui a poussé Frédéric Thomas, 46 ans, à emménager au Moulin. Ce loft un peu biscornu, de 130 mètres carrés également, est bâti tout en hauteur :  avec 18 mètres de plafond, les escaliers sont nombreux. Cela ne l’empêche pas d’avoir une cave qui se prolonge dans les entrailles du Moulin. Professeur d’aïkido, charpentier de formation, il est également artiste à ses heures et projette d’aménager son atelier au fond de son carré de jardin.« J’en suis à un an demi de travaux. Et je n’ai pas fini ! »

Géraud Bosman-Delzons

2 Commentaires
  1. secretsouris :

    Date: 25 octobre 2009 @ 20:10

    c’est un loft magnifique crée et réalisé à 300 % par mon homme, exceptionnel, magnifique, personne ne trouvera dans le monde un loft aussi “particulier” que celui de l’homme de ma vie…..une idée, toutes les 30 secondes…difficile à suivre mais tellement lui…

  2. Olivier Galand d'Orléans :

    Date: 30 juillet 2010 @ 22:35

    Salut Fred, à peine fini tes travaux dans ton appartement d’Orléans, tu rattaques un autre projet sur Bordeaux.
    Bon courage pour la suite…
    Signé: Le cercle des Orléanais déglingués…

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