Dieu bénisse les Tziganes

19:46 Au fil des rues, Les gens

“Vie et Lumière” : l’enseigne énigmatique, qui trône au rond-point du pont en U, peut intriguer le passant. C’est en fait le nom d’un mouvement pentecôtiste tzigane. Qui sont ces fidèles ? Que croient-ils et pourquoi viennent-ils ici ? Pour le comprendre, Ruesdelagare a suivi le culte dimanche matin.

Dix heures moins cinq. Devant les portes en verre du bâtiment, quelques enfants jouent au pied des adultes, jeunes ou vieux, qui papotent. Ils sont réticents à parler de leur foi : trop souvent, ils se sentent bafoués par ce qu’ils appellent « le monde ».  Le pentecôtisme est une branche de l’évangélisme, lui-même issu du protestantisme anglais du XIXème siècle. Il comprend d’autres mouvements comme le baptisme ou l’adventisme, ou encore l’Armée du Salut. Reconnu par l’État, il est affilié à la fédération protestante, et les fidèles supportent mal qu’on les confonde avec d’autres mouvements, voire avec des sectes.

A l’intérieur du bâtiment, qui ne paie pas de mine de l’extérieur, tout le monde s’assoit, petit à petit, dans le brouhaha. Dans la salle, un tapis bordeaux court le long de l’allée centrale, jusqu’à une table où du pain et du vin attendent la cène. Au-dessus, sur l’estrade, un pupitre.

Jean-Paul Azaïs est le pasteur en second de Vie et Lumière (photo Amélie Baron)
> Jean-Paul Azaïs est le pasteur en second de “Vie et Lumière” (photo Amélie Baron)

Dix heures. Christian Azaïs, le pasteur, ouvre le culte. Le silence se fait parmi l’assistance,  «  Des Tziganes à 90%, qui viennent de toute la Cub », précise le pasteur. Ici, tout le monde se connaît. Rien ne distingue vraiment ce mouvement tzigane des autres pentecôtistes, mis à part qu’on s’appelle “frère suivi du prénom”, dans la tradition gitane.

Le culte débute par des chants et des prières. Les femmes – pas toutes – couvrent leur tête d’une étoffe ; pour les pentecôtistes, le Saint-Esprit descend parmi les fidèles : les femmes doivent s’en protéger. “Frère Dédé”, la cinquantaine et l’accent gitan, lance les chants. “Frère Manu”, la quarantaine rayonnante, moustache et accent gitan lui aussi,  prend place au pupitre. Pasteur fondateur de l’église de Surac, en Dordogne, il est invité ce week-end pour échanger et partager sa foi. Il est chargé de la prédication - on ne dit pas “prêche” chez les protestants. C’est un excellent orateur : la prédication, chez les évangélistes, est un art rhétorique : la tradition vient en partie d’outre-Atlantique avec les télévangélistes, comme Billy Graham, le premier et le plus célèbre d’entre eux.

En langue

La prédication est finie. Commence le temps de prière, murmurée ou à haute voix. Plusieurs personnes “parlent en langue” : cela consiste en une prière à haute voix dans une langue étrangère ou inconnue que personne ne comprend. Dans la bible, le “parler en langue” est mentionné pour la première fois lors de la Pentecôte. D’où le nom du mouvement.

Onze heures trente. “Frère Pierre” remercie le Seigneur. Le culte est fini. Dehors, les enfants se remettent à jouer, les adultes à papoter. Comme dans n’importe quelle église, les fidèles viennent aussi chercher du lien social : l’évangélisme- notamment le pentecôtisme – est le mouvement religieux le plus dynamique au monde. Rien que dans la Cub, on compte pas moins de dix-sept églises protestantes, dont onze évangéliques. “Vie et Lumière” témoigne chaque dimanche de sa forte implantation chez les Tziganes.

Benjamin König

Un commentaire
  1. BRUNEAU :

    Date: 19 février 2012 @ 16:42

    Excellent travail journalistique.

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