Escales à l’Espérance : Papi fait la popote
3 décembre 2008 13:38 Hôtel de l'Espérance
Soupe de poireaux au tapioca, salade de harengs-pommes de terre, steaks et purée maison pour finir. Ce soir-là, dans la chambre de Gérard, c’est encore une fois Papi qui régale. Et quand Papi est devant les fourneaux, on ne plaisante pas avec la ponctualité. « Après l’heure, c’est plus l’heure. On mange à 19 heures pétantes », affirme le plus âgé des pensionnaires de l’Espérance.
Complices depuis bientôt 8 ans, Gérard et Papi se quittent rarement. La chambre de Gérard fait office de cuisine. « On a acheté le frigo à deux, la gazinière également ». Les deux hommes prévoient le menu la veille. « Une chose est sûre, on maigrit pas », avoue Gérard. Papi entame les hostilités dans l’après-midi. « Faut que ça mijote ! » À partir de 17 heures, plus question de le déranger. Parfois, la préparation démarre encore plus tôt. « L’autre jour, j’ai attaqué ma sauce à 9 heures. C’était une daube de pommes de terre. »
Selon le cuistot, Gérard est difficile. Il n’aime pas les légumes. « Les épinards, c’est bon que pour Popeye! La dernière fois, il a été malade huit jours en mangeant trois tranches de tomates », s’amuse Papi. Lui n’est pas « maniaque à manger ». Il grimace : « Ce que je déteste, c’est la rhubarbe. Mes parents en cuisinaient. »
Longs dimanches
La famille, Papi n’en a plus. « Moi je suis un vieux garçon, vieux grognon. Et puis, on est bien avec les amis. » Gérard acquiesce. « Le temps passe plus vite ensemble. On discute. On prend soin l’un de l’autre. » Pour Gérard, prendre soin de Papi, c’est faire en sorte « de lui éviter les bêtises ».
A cause de ces bêtises, les amis ont été séparés pendant trois mois cette année, « du 12 mai au 11 août ». Papi l’avoue sans détour. « Je suis allé me faire traiter pour l’alcool dans un centre, près de Poitiers. J’ai fait le ménage pendant trois mois. Ateliers thérapeutiques. »
Depuis son retour, Papi va mieux. Les longs dimanches sont encore difficiles. « Il y a moins de locataires dans l’hôtel. Papi a tendance à traîner dehors, et dehors il y a des tentations », confie Gérard. Gérard s’agace, tousse. L’occasion pour Papi de rééquilibrer les débats. « C’est deux paquets à rouler par jour. Il tousse tous les matins. Gérard c’est Gainsbourg. »
Anthony Hernandez et Pierre Saulnier