Une tranche de vie au Levant

19:22 Les gens

A l’ombre de l’imposante Taverne du Midi, le Levant est relativement discret. Sa façade Art déco ressemble, à première vue, à un décor de western en carton pâte. A deux détails près : elle est inscrite, depuis les années 70, à l’inventaire des Monuments de France et l’enseigne Café du Levant est gravée dans une mosaïque de faïence filetée d’or…

Le temps n’a pas totalement terni ses couleurs vives. De mystérieux personnages de bronze encadrent chaque côté du fronton. Le visiteur de passage aimerait pénétrer ce lieu anachronique mais le rideau de fer demeure baissé. Il y a quatre mois, le dernier propriétaire a mis la clé sous la porte.

Curieusement, on retrouve la même façade de l’autre côté, rue Saint-Vincent-de-Paul. Autrefois, les deux entrées communiquaient pour ne former qu’un seul établissement continu. L’histoire du Levant commence en 1923 lorsqu’un certain A. Prévot, architecte, entreprend sa construction. Entre 1932 et 1936, Edouard Bégout descend de Paris et rachète le commerce. C’est le début d’une aventure familiale longue de 65 ans. Un passé sur lequel les archives publiques restent désespérément muettes.

Branché et populaire
En 1950, le fils d’Edouard Bégout, Pierre, un temps directeur du Plaza Athénée à Paris, succède à ses parents. Le Café du Levant va connaître son apogée jusqu’à la fin des années 70. Le tout Bordeaux se retrouve dans cet établissement branché et populaire, enraciné dans un quartier marqué par une mixité sociale évidente et naturelle. En bas, la brasserie. A l’étage, un restaurant traditionnel et les cuisines. Le service compte alors une bonne vingtaine de personnes.

Philippe Bégout, 45 ans, fils de Pierre Bégout, y a passé toute son enfance. Aujourd’hui, il en parle sans nostalgie : « Lorsque mes parents ont pris la succession, ils ont un peu transformé les lieux : ils ont rajouté un bowling à la brasserie. Il y avait six pistes je crois. A l’époque, les joueurs de rugby de Bègles s’y rassemblaient, les cars de touristes, les voyageurs y débarquaient. Chaban y passait régulièrement aussi, il avait son QG de campagne à L’Auvergnat. Les Moga étaient également des habitués. Louis Amstrong y serait passé également… Il y avait vraiment beaucoup de monde, sans arrêt. Il faut dire que le café était ouvert 7j/7 et 23h/24. Il fermait 1 heure vers 3 h du matin pour le ménage ! » En terme de notoriété, « le Café du Levant était l’équivalent du Régent pour le coin », se souvient encore Philippe Bégout, non sans une pointe de fierté. « Il a été le premier établissement bordelais à installer une télé couleur. C’était en 1967. »

Banqueroute
1985. Marie-Jacqueline Bégout, veuve depuis peu, prend un repos mérité. Philippe a 40 ans mais il ne souhaite pas reprendre l’activité familiale. Sa mère n’a d’autre choix que de mettre son fonds de commerce en vente, tout en gardant les murs. L’histoire du Levant va alors connaître quelques péripéties, essentiellement financières. L’établissement reprend vie sans pour autant faire florès, loin s’en faut. Et dix ans plus tard, en 1995, c’est la banqueroute, en raison d’une gestion pour le moins hasardeuse des patrons. « Ils ont entrepris des travaux peu judicieux, pas vraiment aux normes. L’arrière servait de débarras et ils ont supprimé le bowling. »

Mais l’incompétence manifeste des gérants n’est pas seule en cause. La place de la gare n’a jamais cessé de se métamorphoser depuis 1983 et la construction d’un parking souterrain. Les travaux font place nette, trop nette même puisqu’ils font fuir les clients. Cette cessation d’activité est un coup dur pour les Bégout. L’immeuble va rester vide pendant près de cinq ans. « Ça finissait par coûter cher. La taxe foncière était d’environ 25 000 francs par an. Et puis la Justice a gardé les clés pendant quatre ans. » L’affaire n’est plus rentable, il faut vendre les murs.

Triste mine
En 2000, Didier Weitz rachète le bâtiment, dont il est l’actuel propriétaire. Le Levant, par contre, changera de mains à plusieurs reprises. Les chantiers successifs dans le quartier auront raison de ce commerce. Lequel est à l’abandon depuis juin dernier, date du dernier dépôt de bilan.

Le Café du Levant a triste mine. Seule sa façade témoigne d’une belle époque aujourd’hui révolue. Pourtant, nul doute que cette désuétude est provisoire. De l’avis général, « il faut attendre la fin des travaux ». L’affaire d’ « un ou deux mois » selon Didier Weitz, qui dit avoir « refusé plusieurs offres ». Optimiste. Christophe Méry, responsable de l’agence 3C chargée de la commercialisation de l’immeuble, affirme de son côté avoir des « touches ». Une chose est sûre, ce sera un restaurant. « Une grande enseigne ». selon Christophe Méry. Peut-être même un fast-food…

Géraud Bosman-Delzons

5 Commentaires
  1. TENENVORZEL J JACQUES :

    Date: 31 janvier 2009 @ 1:56

    JE VOUDRAIS ENTRER EN CONTACT AVEC DIDIER WEITZ IL PEUT M ENVOYER UN MAIL MERCI PAR AVANCE

  2. mag :

    Date: 9 mars 2009 @ 15:59

    Bonjour,
    Savez vous qui a réalisé la mosaïque de la façade ?

  3. tina :

    Date: 9 mai 2013 @ 21:24

    je doit travailler dessus et j’ai que 11 ans je ne comprends rien a ce qu’il y a d’écrit

  4. Gattaca :

    Date: 6 septembre 2013 @ 13:40

    Le Levant a été racheté récemment ; les travaux de réhabilitation sont en cours.

  5. Wolff Sophie :

    Date: 26 décembre 2013 @ 16:15

    Nous ouvrons la Brasserie du Levant le 3 janvier, pouvez vous me donner vos sources concernant les informations sur la façade et l’architecte face a la gare? Merci cordialement

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