Les brebis égarées

18:16 Derrière les pelleteuses, Place Ferdinand-Buisson, Sur le trottoir
Des préservatifs usagés, utilisés lors des passes des prostituées, sont abandonnés sur le chantier de l'église. (Photo: C. L )
> Des préservatifs usagés, utilisés lors des passes des prostituées, sont abandonnés sur le chantier de l’église.

Une grande flèche d’un vert fluorescent s’élève dans les airs. Les mauvais esprits lui trouveront une forme phallique. Cylindrique et nervurée, elle bande vers le ciel. Approchez, approchez… une discrète croix noire y est accolée. Cette flèche n’est autre que le baptistère de l’Eglise St-Jean de Belcier. En pleine construction, elle n’est pas encore habitée par la présence du Seigneur.

« Le fait que ce soit une église, on n’y pense pas. C’est du parpaing, c’est tout. » Christophe est ouvrier sur le chantier. Il fait la moue : « Catholique, protestante… On s’en fout. Ce qui compte, c’est la construction, le défi que ça représente. » Plutôt que l’âme pieuse, Christophe est un grand déconneur devant l’Éternel. Les futurs lieux de l’église sont un puits sans fond pour les blagues. « Je vous présente Cadillac, quand il devient fou, on l’enferme dans le confessionnal ». En fait, il l’appelle Cadillac parce qu’il vient de cette ville connue en Gironde pour abriter un centre hospitalier psychiatrique. « Mais je suis pas fou », rétorque Benoît de son vrai nom. Dans l’église, l’architecte a prévu un patio vitré. « Y’aura écrit en cas d’urgence, brisez la glace pour les prostituées », pouffe Christophe. Des prostituées dans l’église ?

Oui, en ce moment, elles sont bien dans l’église. Le sol est jonché de capotes usagées. « Elles font leur travail, la moindre des choses serait qu’elles rembarquent leur matériel », dit en riant Daniel, le patron du chantier. Tous les matins, les ouvriers de l’entreprise Bénaben doivent ramasser des sacs et des sacs de cochonneries. « Y’a un mec qui a fait dans son froc et qui a tout laissé ». L’église en chantier est devenu un squat pour les filles et leurs clients. Ils en ont eu marre de ramasser derrière elles alors, ils ont mis des pièges. Près de la clôture, quatre clous dans le sol. Faut savoir où l’on met les pieds. Et comme le rappelle l’architecte de l’église : « Le Christ a déjà été bien accueillant avec elles ». Amen.

Camille Lem

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