La “pause turlute”

19:29 Sur le trottoir

Comme au Macdrive, il suffit d’ouvrir sa fenêtre et de passer commande. Sauf qu’ici, au lieu d’un sandwich, c’est une femme qu’on choisit. Dans la rue d’Armagnac, c’est devenu une activité tellement banale que certains clients en viennent même à chercher une prostituée avec leur véhicule de fonction, siglé au nom de leur entreprise. Pas de raison de se gêner.

Il est 14 heures. Une camionnette de fonction se gare. Mercedes Benz est écrit en gros caractères le long de la carrosserie blanche. La fenêtre du passager s’entrouvre. Il fait un signe discret à  une fille. A priori, celle qui s’avance est sa préférée. C’est une jeune brune, habillée d’un ensemble jupe et petit haut blanc  en strass, perchée sur des escarpins gris. Le Jumper tourne à gauche au rond-point du Pont du Gui. Il se rend dans un des lieux qui sert de base de repli aux prostituées. Aujourd’hui, ce sera le parking quasi-désert de l’entreprise Olano. Parfait pour une passe.

Dix minutes s’écoulent. La camionnette pointe à nouveau le bout de son nez. La fille descend avec une démarche légèrement vacillante. La tête baissée, elle s’appuie contre le mur. Elle marmonne que c’était pour une pipe.

10 minutes pour un café… ou une fellation, c’est selon

Le client a payé 30 euros pour dix minutes top chrono. Si on découpe le temps écoulé : 3 minutes pour se rendre au parking, 4 minutes pour l’acte, 3 minutes pour le retour. Expéditif, non ? « Il n’y a pas besoin de plus de minutes pour faire une simple pipe. Pour faire l’amour, c’est maximum quinze minutes », précise l’une des Bulgares de l’îlot d’Armagnac. C’est ça le boulot :

Ils constituent la très grande majorité de leur clientèle, ces hommes qui préfèrent à la pause café-clope de la mi-journée celle de la “turlute” sur les parkings désertés. Une clientèle dont les Bulgares ne peuvent pas se passer. « Nous, on travaille la journée. Le soir, c’est le tour des Africaines. Sauf que l’après-midi, il n’y a pas beaucoup de clients. Beaucoup moins qu’avant, en tout cas. Il y a encore quelques mois, on travaillait plus. Maintenant, les clients ont moins d’argent, alors ils viennent moins. » Qui aurait cru que la prostitution pouvait aussi être un secteur d’activité touché par la crise ?

Christelle Juteau et Virginie Wojtkowski

Un commentaire
  1. Berthe Mathisse :

    Date: 12 décembre 2008 @ 13:51

    Bonjour ,

    Cette partie de votre blog semble faire l’apologie de la prostitution. Qu’elle existe dans le quartier de la gare Saint Jean comme dans d’autres de Bordeaux,soit!Vos critiques sur les travailleurs sociaux qui tentent de sortir ces jeunes (ou moins jeunes) femmes de la prostitution sont parfaitement déplacées…..

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