Escales à l’Espérance : mourir à l’hôtel
1 décembre 2008 12:45 Hôtel de l'Espérance« Philippe fumait un peu d’herbe. Il était hémiplégique. Il souffrait aussi du cœur, mais ça, on ne l’a su qu’après sa mort, au début de l’année. » Marie évoque le drame simplement. Trois pensionnaires sont décédés ici depuis onze ans.
Michel avait 62 ans, il était projectionniste. « Ça ne nous a pas surpris, raconte Marie. Il était très fatigué. Chaque soir, je lui apportais son repas. Cette nuit-là, quand j’ai ouvert sa porte, il m’a dit de dégager, prétextant qu’il avait froid. » Michel avait un cancer. Plus tard dans la soirée, Gérard entre dans sa chambre.
« Pourquoi tu veux pas qu’on appelle quelqu’un ?
-On verra demain.
-Tu as pensé à Marie ? Demain, tu seras parti.
-Je sais. »
Au matin, Gérard l’a retrouvé mort dans son lit. Michel voulait mourir ici, pas à l’hôpital. Marie garde le contact avec la famille de son ancien client. Un coup de téléphone, une lettre. « Ça fait un moment qu’on n’a pas discuté, mais je suis certaine d’avoir une carte de sa soeur pour Noël. Même si Michel n’est plus là. »
La voix de Marie se serre un peu quand elle repense à Arnaud. « C’est le premier que nous avons retrouvé mort. Un gentil garçon, taille moyenne, assez maigre. Le pauvre est mort très jeune, à 33 ans. Sa mère vivait tout près d’ici. Elle l’a mis à la porte. Arnaud était épileptique et il buvait un peu. » Le jeune homme trouvait dans l’hôtel « une ambiance qui lui manquait. »
Marie jette un coup d’œil dans la cour. Elle aime les fleurs. Alors Arnaud lui en achetait et les piquait dans le jardin. Il avait le sida. « Sa télé était en marche quand je l’ai trouvé. Je lui apportais son café ce matin-là. Comme d’habitude, je l’avais bien sucré pour lui donner des forces. »
Anthony Hernandez et Pierre Saulnier