“Ça a été un beau quartier ici”

19:31 L'îlot Saint-Jean

Plus de 30 000 rapatriés d’Algérie se sont retrouvés en Gironde au début des années soixante. Plusieurs centaines d’entre eux se sont installés dans les « barres » de la résidence Saint-Jean. Certains pour quelques temps. Angèle Ordonneau, elle, y a vécu quarante ans.

Elle habite à Mériadeck depuis quatre ans mais Angèle Ordonneau revient chaque semaine à Saint-Jean. Au club senior, chez le médecin… Elle en profite pour discuter avec ses amies. De tout et de rien. Du nouveau Saint-Jean aussi. « Le projet de l’îlot ? Il faut souhaiter que ce soit bien. Parce que vraiment, ça a été un beau quartier ici… »

Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, Angèle Ordonneau et ses enfants doivent fuir. « Nous avons quitté l’Algérie pour sauver nos vies. Tristement. Mais le risque était trop grand. » Son mari Roland reste quelques mois de plus à Alger. Il travaille à la SNCF et on lui propose de former des travailleurs du rail. Le danger est là, énorme. « Quand Roland est resté six mois tout seul en Algérie, je me demandais si j’allais le revoir un jour. Et puis, il est arrivé un 1er janvier. On était tous là. Tous vivants. C’était l’essentiel. Mais mon mari ne s’est jamais remis de ce départ. » Muté à Bordeaux, Roland Ordonneau s’installe avec sa famille dans la résidence Saint-Jean. Ce départ d’Algérie, « mon pays » comme le dit Angèle, est trop difficile à supporter. Il meurt quelques années plus tard.

Ce traumatisme, beaucoup des rapatriés d’Algérie restés dans la résidence Saint-Jean l’ont ressenti. « Au début, on avait besoin de se retrouver, de parler du pays, dit-elle visiblement émue. Ça nous faisait un bien immense de parler. »

Puis c’est au tour des familles maghrébines de s’installer là. Une arrivée qui rappelle à Angèle Ordonneau sa déchirure. « On ne s’est jamais demandé qui a eu raison dans cette histoire. Mais au début, ça a été difficile de les voir ici alors que nous, on avait dû partir. Du coup, personne n’a jamais vraiment cherché à créer des liens. »

Au début des années 2000, le projet de ré-aménagement de la résidence est lancé. Les premières barres vont être détruites et Angèle part s’installer à Mériadeck. Après quarante ans de vie à Saint-Jean, vingt-sept dans la barre C et treize dans la B, elle se rapproche de sa fille. « On m’avait proposé d’être relogée ici. Mais depuis quelques années, c’était devenu invivable. Ça a été un deuxième pincement au cœur de quitter Saint-Jean. Plus le temps passe, plus j’ai l’impression que tout se dégrade. J’ai toujours l’impression que c’était mieux avant… Je n’arrive pas à me l’expliquer. »

W.L-D, M.M et Y.S-S

6 Commentaires
  1. Devésa :

    Date: 3 décembre 2008 @ 20:47

    Un excellent commentaire de Mme Angèle Ordonneau.
    Dommage pour la photo, on aurait aimé voir la personne interviewée au premier plan, le bouquet de fleurs semble, içi, avoir plus d’importance…

  2. ORDONNEAU Y. :

    Date: 3 décembre 2008 @ 21:24

    C’est le témoignage d’une maman digne, plein de loyauté, qui permettait d’être souligné effectivement.
    Me vient à l’esprit quelques phrases pour rendre hommage à cette cité, à jamais perdue, qui s’appelait ST JEAN :
    “Mais il ne reste autour d’elle
    Que les lumières de la nuit
    Qui veillent sur un passé
    A jamais endormi ….”

  3. ESTRADE née ORDONNEAU :

    Date: 3 décembre 2008 @ 21:59

    Tu es trop belle sur la photo mamie, tu fais jeune !!
    Tes commentaires sont trés bons.
    Moi qui suis venue si souvent chez toi quand j’étais au lycée j’ai bien vu que cela devenait invivable. Tu n’avais pas le choix il fallait que tu partes de ton cher quartier ou tu as eu tant de bons souvenirs…

  4. ORDONNEAU P :

    Date: 3 décembre 2008 @ 23:55

    je pense que c’est un témoignage qui a été vécu par nombre de pied-noirs
    C’est un récit qui nous remue les tripes.C’est vrai que nous avons gardé de bons souvenirs de ce quartier.
    Avec la démolition de cette cité,c’est une partie de notre existence qui s’en va un peu.

  5. CLaudie :

    Date: 8 mai 2013 @ 4:45

    Parlez vous de la Residence Saint Jean qui se trouvait pres de la Gare St Jean ????
    Si oui, j’y ai vecu dans les annees 60 (si je me souviens bien de 66 a 69)

  6. Eliane :

    Date: 3 avril 2015 @ 9:37

    Je découvre ce site et beaucoup de souvenirs refont surface. J’ai vécu mon adolescence à la résidence St Jean, bâtiment C, de 1963 à 1971, année de mon entrée dans la vie professionnelle, départ de Bordeaux pour Paris.

Laisser un commentaire

Votre commentaire
Merci de soigner l'orthographe et d'éviter le langage SMS.

Attention: La modération de votre commentaire peut demander un peu de temps. Ne renvoyez pas votre commentaire s'il n'apparaît pas immédiatement.

You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>