“Parfois, la vie est conne”

17:06 L'îlot Saint-Jean

Le centre d’animation de Barbey a été créé en 1963. Proche de la résidence Saint-Jean, il avait une relation privilégiée avec les habitants. En 2001, il est déplacé Cours de l’Argonne. Apparemment, une volonté politique. Jean y est animateur depuis 1988. Il se souvient du quartier.


Ruesdelagare : Cette résidence a toujours eu mauvaise réputation…
Jean :
Des jeunes dans des cages d’escalier, ça fait peur à tout le monde. Mais ici, on n’est pas à Paris ou à Marseille. Il y a toujours eu de la drogue, du trafic, c’est sûr. Mais il y a peu de grands caïds. Dans cette résidence, je parlerais plutôt de sentiment d’insécurité. Ces jeunes, à ma connaissance, ils ne s’en prennent pas physiquement aux résidents. Mais ils zonent, ils font peur.
Et les médias n’ont pas arrangé les choses. Il y a quelques années, France 2 est venu à Saint-Jean, tourner un reportage sur des trafics de cartes bleues. On était atterrés. Dans le film, on reconnaît les gens, les appartements. On voit le GIR (Groupe d’intervention régionale) défoncer les portes. Sur les jeunes, ça a eu un effet dévastateur. Ils se sont vus à la télé et ils ont commencé à se prendre pour des lascars ! D’autant plus qu’à la fin de l’enquête, ils ont tous été blanchis pour vice de forme !

Y a-t-il eu une dégradation de l’ambiance au fil des ans ?
Dans les années 2000, c’est devenu plus dur. Il y a eu des jeunes extérieurs au quartier qui sont apparus. Ils ont influencé les autres. Mais je pense qu’il s’agit d’une minorité visible.

Quelle était votre relation avec les jeunes ?
On avait établi une vraie relation de confiance avec les jeunes comme avec les familles. Bien sûr, il a fallu faire un gros travail de terrain. Mais comme on était sur place, on y arrivait. Il faut dire que pour eux, on était la seule proposition d’activité dans le quartier. Alors, beaucoup se sont attachés à nous. Et nous à eux. Quand on est partis, c’était un vrai crève-cœur.

Vous gardez quel souvenir de ces années dans le quartier ?
Beaucoup de gamins touchants. On en suit encore quelques-uns, ici, à l’Argonne. Individuellement, c’était souvent des crèmes. Avec beaucoup de potentiel. Mais l’environnement faisait qu’ils pouvaient basculer à tout moment. Je me souviens d’un gamin hyper brillant. Il est en tôle maintenant. Parfois, la vie est conne.

Propos recueillis par W.L-D, M.M et Y.S-S

Lire ici le témoignage d’un jeune habitant de l’ilôt.

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