“Ici, on est cramés”

16:46 L'îlot Saint-Jean

La vitre de la porte d’entrée est cassée. Il fait froid. Karim est dans « sa » cage d’escalier, dans la grande barre de la résidence Saint-Jean. Ils sont cinq avec lui. Ils habitent l’immeuble ou les alentours. Ils « tiennent les murs », comme ils disent. Il est 9 heures du soir.

L’endroit fait quelques mètres carrés. Une grappe de boîtes aux lettres beiges, déglinguées, fait face à une paroi recouverte de carreaux verts. Lumière de néons. Le sol est sale.

Dehors, un fourgon de CRS fait lentement le tour de l’immeuble. Il passe devant une Clio à l’arrêt sur le trottoir, devant la porte. A l’intérieur de la voiture, deux jeunes fument des clopes et boivent du soda. « Les flics, ils nous prennent pour des moins que rien », s’énerve Karim. « On est plus malins qu’eux », lâche un autre. Karim parle du film « Indigènes ». Il dit que son oncle a fait la guerre d’Indochine. Nassim, 15 ans, lui demande si c’est la guerre de l’Inde contre la Chine. Karim se marre. Vexé, Nassim entonne à tue-tête les premiers couplets de la Marseillaise, puis se réfugie dans son iPod.

Karim avait neuf ans quand il est arrivé dans l’îlot avec ses parents. « Avant, c’était bien, ici, il y avait le Centre, à Barbey. Il y avait des activités pour les jeunes. » Aujourd’hui, il en veut au bailleur. « Depuis le début des années 2000, l’immeuble est mal entretenu. Forcément, ils savaient qu’ils allaient le détruire. »

Ascenseur régulièrement en panne, fermeture des caves, insalubrité, le bâtiment est en sursis. Comme abandonné. On signale même des rats. « Depuis quelques années, la femme de ménage ne s’occupe plus que du rez-de-chaussée », ajoute le jeune homme. Puis il montre les peintures dans l’escalier, qui ont été refaites. Seulement jusqu’au troisième étage. « C’est normal qu’il y ait des dégradations, lâche un plus jeune, ils s’en battent de nous, alors on s’en bat d’eux. »

Karim voudrait partir d’ici. Ses parents rêvent d’un endroit tranquille. Dans les nouveaux immeubles, en face. « On nous dit : c’est en cours. Mais on ne sait pas où, quand, ni comment. » A 24 ans, il n’a déjà plus d’illusions. Il pense qu’ils ne sont pas prioritaires. « Ici, on est cramés. Les gens à problèmes, ils ne les mettent pas dans ces appartements », pense Hassan. Fafa, 15 ans, tempère : « Quand on était petits, on ne faisait rien de mal, on jouait juste au foot ! » Il crache par terre.

Dehors, le fourgon de police repasse. Il s’arrête devant la porte. Cinq CRS encerclent la Clio. Ils font descendre les deux jeunes. Contrôle d’identité, fouille au corps, fouille de la voiture. Ils ne trouvent rien.

(Les noms des personnes citées ont été changés, à leur demande.)

W.L-D, M.M et Y.S-S

Retrouver ici l’interview d’un ancien éducateur du centre d’animation Barbey.

2 Commentaires
  1. dada :

    Date: 8 décembre 2008 @ 3:29

    oula c vrai ske ce type dit j’ai longtemps vecu dans ces endroit insalubre c le merde merci a toi karime de devoiler tt sa ……

  2. dada :

    Date: 7 octobre 2011 @ 14:28

    ans 10 plus tard les immeuble son detruit karime nabite plus ici mais dans un endroit aussi pourri il est routier et fait sa vie c peut etre mieu comme sa . vive la france !!

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