Lucien Bernard, une affaire de famille qui marche

18:05 Au fil des rues
La famille Lucien Bernard : un empire
> La famille Lucien Bernard : un empire de 30 millions d’euros. (photo Jean-Christophe Wasner)

Derrière les murs de l’entreprise Lucien Bernard, un entrepôt aux pierres noircies et aux fenêtres condamnées, se cache un véritable empire de l’alcool. Trente millions d’euros de chiffre d’affaires, 50 000 hectolitres d’eau-de-vie et cinq millions de bouteilles de vin. Valeur : plusieurs dizaines de millions d’euros, brassés chaque année dans les locaux de la rue de Son Tay, qui rejoignent le quai de Paludate.

Ce n’est pas une, mais quatre sociétés qui s’activent sur le site : Lucien Bernard et Cie, Millesima, Sobovi et Wine and co. Derrière ces sociétés, une seule et même famille : les Bernard. Originaires du Nord de la France, ils produisaient déjà du sucre et de l’alcool au 17ème siècle. En 1928, Lucien Bernard s’installe à Bordeaux et crée la société qui porte son nom. Son domaine : la production d’eau de vie.

Leader mondial

Dans les années cinquante, la société cherche à s’agrandir. Il lui faut des locaux et elle lorgne les entrepôts de la maison Damois, des grossistes en épicerie. La vente est conclue en 1959 « pour une bouchée de pain », selon Patrick Bernard, le petit-fils et patron actuel de Millesima : 400 000 francs de l’époque, terrain compris. Dans les années soixante-dix, la société construit une extension à Ambès. La superficie est deux fois celle de Belcier. Elle devient leader mondial du vieillissement du vin. Aujourd’hui, le site de Paludate totalise quatre hectares, après les rachats progressifs des bâtiments alentours. D’autres acquisitions dans le quartier sont au programme.

Le groupe est géré via une holding, la Financière Bernard, qui regroupe 360 actionnaires. Tous sont issus de la famille. A la tête de la structure, trois directeurs généraux : Patrick Bernard, son frère Jean-Marie et son cousin. Pour faire tourner l’affaire, « la seule solution, c’est d’être très rentable », explique Patrick Bernard. « On n’a jamais sauté un dividende. La société ne peut pas être gérée qu’au profit de ses dirigeants. C’est aussi aux actionnaires qu’elle se doit. »

« Réservés à la famille »

En ces temps de crise, la famille est un « atout ». L’indépendance des capitaux protège les affaires. Et garantit les investissements. « Ce n’est pas parce que c’est la crise qu’il faut rester immobile. On a plein de projets. On est ressorti de la dernière crise des années quatre-vingt-dix encore plus fort. A l’époque, on a pu racheter des propriétés à des prix très concurrentiels. »

La société, très lucrative, fait des envieux. Mais les Bernard verrouillent. « Beaucoup de gens nous quittent après deux ou trois ans dans le marketing. Je leur dis que les postes de direction sont exclusivement réservés à la famille. La solidarité familiale joue à plein, même si on ne peut pas prendre tout le monde. » Et pour l’avenir, Patrick Bernard ne se fait pas de souci. Son fils, « bardé de diplômes comme [ses] autres enfants », a intégré la société il y a un an.

Géraldine Houdayer, Jonathan Landais, Jean-Christophe Wasner

En savoir plus sur Lucien Bernard…

Qui fait quoi ?

Anciennement appelée “vins des grands vignobles”, Millesima a été créée en 1983 par Patrick Bernard. La société est le leader européen de la vente à distance et du négoce des crus classés de Bordeaux. Elle se revendique comme une école du vin et propose visites et dégustations à ses clients. Millesima est présente en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis. En 2008, le montant moyen d’une commande est de 1600 euros hors taxe. Le chiffre d’affaires de la société s’élève à 25 millions d’euros (dont 35% via Internet) pour un bénéfice de plus de 2 millions d’euros.

Lucien Bernard et Cie est le leader de la production et du négoce de brandy (Cognac et Armagnac) en Europe. Son métier : produire des eaux-de-vie grâce aux excédents viticoles. Chiffre d’affaires : 33 millions d’euros, pour un bénéfice de plus de 2 millions d’euros.

Wine and co. est le fruit d’un partenariat entre Millesima et Moët-Hennessy, la filiale du groupe LVMH spécialisée dans les vins et les spiritueux. Cette coopération n’est pas un hasard : le frère de Patrick Bernard travaillait auparavant à la direction financière de LVMH. Créée au début des années 2000, la société est spécialisée dans la vente de vin à la bouteille sur Internet. En 2008, le montant moyen d’une commande est de 200 à 300 euros. L’entreprise compte 15 salariés, tous regroupés sur le site de Belcier.

Sobovi est une société de négoce spécialisée dans la vente en gros aux restaurateurs et aux cavistes. Elle gère également l’export des vins.

Patrick Bernard est aussi propriétaire du Château Peyrabon (cru bourgeois en Haut-Médoc) et La Fleur Peyrabon (cru bourgeois en Pauillac) à Saint Sauveur.

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