La gare Saint-Jean fait son cinéma

19:37 C'est arrivé près de chez vous, Sur les rails
Clément Fourmond a assisté au tournage d'un film gare Saint-Jean (photo J.L.)
Clément Fourmond a assisté au tournage d’un film gare Saint-Jean. (photo Jonathan Landais)

Madame la Marquise fait tourner bien des têtes. La somptueuse verrière de la gare Saint-Jean, construite au XIXème siècle par Gustave Eiffel, a beau être percée par endroits, peu importe ! Elle continue à susciter l’émerveillement des Bordelais. Et des réalisateurs de films. Ruesdelagare a enquêté sur le tournage des films en gare de Bordeaux.

Le 5 décembre, il fera ses adieux sur le quai numéro 1, après avoir donné son dernier coup de sifflet. A 56 ans, Clément Fourmond est agent de mouvement. « Agent retraitable », dit-il. Son boulot, c’est de faire partir les trains. Autant dire qu’il a plus d’une “histoire de quais” à raconter. De l’adieu déchirant à l’amoureux transi qui court le long des rails pour retrouver sa belle, les images qui trottent dans sa tête pourraient sortir tout droit d’un film. « A la SNCF, c’est tous les jours du cinéma », sourit-il. Parfois, les réalisateurs de films viennent poser leurs caméras dans la gare. C’est ce qui s’est passé au printemps 2002. Le temps du tournage de Bon Voyage, un long-métrage de Jean-Paul Rappeneau avec Adjani et Depardieu, Clément a prêté sa casquette de chef de gare à un comédien. Pendant trois jours, sur la voie numéro 6, l’équipe du film a déambulé sous ses yeux, devant un vieux train des années 1940.

Il y a eu plus d’un tournage de film à la gare Saint-Jean. Impossible de tous les citer. Parmi eux, Un Flic (Jean-Pierre Melville), Maladie d’amour (Jacques Deray) ou plus récemment, La Faute à Fidel (Julie Gavras) et Nos 18 ans (Frédéric Berthe). Bien souvent, les séquences tournées sont très courtes. Elles montrent des voyageurs qui entrent dans la gare, filmés depuis le parvis ou côté cour d’arrivée, avant le début des travaux. En 2006, pour la série Le silence de l’épervier diffusée sur France 2 avec Line Renaud, plusieurs scènes ont été tournées dans le salon des grands voyageurs. La nouvelle série de TF1, Lignes de feu, offre également quelques séquences en gare de Bordeaux, comme certains épisodes de Sections de recherche ou Mathieu Corot, également diffusés sur la Une.

500 demandes par an

Dans chacune de ces scènes, pas question de montrer à l’écran un cascadeur qui grimpe sur un train ou un comédien qui s’attache aux rails. Et pour cause : la SNCF contrôle son image. Chaque année, l’entreprise reçoit près de 500 demandes de tournage, toutes gares confondues, du film publicitaire à l’émission de télé. Toutes ces demandes aboutissent, à une dizaine d’exceptions près. Il y a deux ans, la SNCF refusait le tournage d’une scène de crime dans les toilettes de la gare Saint-Jean, demandée par la production de France 3. « Tout ce qui est anxiogène, genre scènes de crimes ou viols, on ne refuse pas a priori, mais il faut faire attention aux idées reçues sur la gare ; c’est d’abord un décor naturel, pas un studio », explique Philippe Laylle, responsable du pôle production et tournage à la SNCF.

Un tournage en gare Saint-Jean, comme ceux réalisés dans les grandes gares parisiennes, ça peut coûter cher. « Tout dépend en fait de l’utilisation commerciale des images », explique Philippe Laylle. En moyenne, il faut débourser 3000 euros la journée pour un long métrage. Quand la production veut utiliser un train, la facture grimpe bien plus haut. Les besoins d’un court-métrage ou d’un documentaire sont généralement moins lourds : entre 300 et 500 euros le tournage.

Un lieu porteur d’imaginaire

A bien y réfléchir, peu de cinéastes ont planté leur caméra au bord des quais. Les films foisonnent de scènes filmées à l’intérieur d’un train, mais la plupart sont tournées en studio. “Le train du cinéma marque peu d’arrêt en gare”, note Jean Roy, journaliste à l’Humanité : « Comme si la gare résistait, [...] ne pouvait être autre chose qu’un conduit intestinal expulsant ses usagers, dans le désir d’ailleurs qui les amenés là ». Pour Patrick Brun, psychologue, « la symbolique du train comme objet varie avec la mise en scène du réalisateur ». Chargé de cours en communication à l’Université Bordeaux 3, il a écrit plusieurs articles sur les rapports entre cinéma et psychanalyse.

Depuis les origines du cinéma et L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat des frères Lumière, la gare est le lieu du réel par excellence. « Mais c’est aussi un lieu porteur d’imaginaire », insiste Patrick Brun. Un lieu où l’on croise un inconnu qui descend du train, où l’on emmène un proche qui s’en va, sans trop savoir quand il reviendra. A Bordeaux comme ailleurs, la gare reste avant tout un lieu de magie.

Jonathan Landais et Maxime Meyer

2 Commentaires
  1. Corinne Fourmond :

    Date: 1 décembre 2008 @ 15:54

    c’est mon papa et j’en suis fiere! Bravo pour le reportage.

  2. Rivet jean-michel :

    Date: 5 décembre 2008 @ 21:48

    Oui! la gare est porteur d’imaginaire et d’émotions comme le dit P.Brun dans l’interview. En tant que compositeur de musique (électroacoustique) j’ai composé une pièce “A fleur de quai” avec pour source sonore des sons enregistrées à la Gare Saint Jean… et j’y parle de séparation:
    “Ce sont claquements, crissements, sifflements, battements têtus, et ronflements de grosses machines qui emportent pour toujours une voix… elle restera un souvenir ténu, impalpable, dans le creux de l’oreille…”
    JMRivet

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