Ahmed et Kamel, une gare les sépare

23:38 Au fil des rues
> Kamel tient depuis quatre ans la seule épicerie du quartier Belcier
> Kamel tient depuis quatre ans la seule épicerie du quartier Belcier

L’un est épicier à Belcier, l’autre tient un Kebab côté Saint-Jean. L’un est le fils de l’autre et ils se font face. Entre eux, l’immense verrière de la gare bloque le champ de vision. Mais chacun peut imaginer son vis-à-vis en train de travailler. Portrait croisé d’une famille partagée par la SNCF.

A 31 ans, Kamel gère l’épicerie rue des Terres-de-Borde. Alimentation, photocopie, point-téléphone international, la devanture annonce la couleur. Ici, c’est bien plus qu’une simple épicerie. Et en plus, c’est la seule du quartier. Alors, il faut proposer un maximum de services aux clients. « Un jour, on a commencé à me demander des plans de Bordeaux, une fois, deux fois… et hop j’ai passé une commande », raconte-t-il en montrant un stock de dépliants. La pile siège entre des bouteilles d’alcool et des cartes à puce téléphonique. Quand on est le seul épicier du quartier, il faut bien s’adapter à la demande.

Voix basse, posée, Kamel a la tête sur les épaules. Il n’aime pas être pris en photo, contrairement à son père, très à l’aise devant l’objectif. Mais les points communs ne manquent pas, à commencer par les longues discussions que le père et le fils aiment avoir avec les clients du quartier et d’ailleurs. Avant de gérer son épicerie, Kamel a travaillé sur des chantiers, tenu une sandwicherie pendant une année. Puis il a ouvert son propre commerce il y a quatre ans. Problème, la mairie est toujours propriétaire des murs et n’a pas l’intention, pour l’instant, de renouveler le bail.

Kamel connait bien ce quartier et ses habitants. Parfois tranquille, parfois animé, « C’est plus calme ici que du côté de la gare en tout cas. » C’est pourtant devant la gare en question que travaille son père. A quelques centaines de mètres de là, tout droit en sortant de l’épicerie, se tient la sandwicherie d’Hamed. Entre les deux: les voies, les trains, la verrière… La coupure est symbolique, mais réelle. Cependant, la famille reste en contact. Le téléphone sonne au moins une fois par jour, on se rend visite, on ne se perd pas de vue.

> Hamed, le père, est une des figures des commerçants devant la gare Saint-Jean

Côté Saint-Jean, Ahmed travaille lui aussi. Il vit à Bordeaux depuis vingt-cinq ans et c’est une des “mémoires” du quartier. Chaleureux, il sert les clients et discute avec les habitués au milieu du vacarme des pelleteuses qui s’acharnent à retourner la terre quelques mètres devant sa boutique. L’air de ressemblance avec son fils frappe immédiatement. Même regard, même pudeur aussi, derrière laquelle on devine une âme généreuse. Affectueux, son fils insiste : à 65 ans son père travaille trop, il devrait prendre une retraite méritée et profiter de la vie. L’homme a pourtant l’air bien portant. Comme son fils, une lueur de bonheur s’allume dans ses yeux quand on engage la conversation. Toujours ce plaisir dans la parole.

Ahmed a aussi la fibre du commerce. Avec en plus, ce petit côté “entrepreneur”. Dans sa vie, il a acheté des sandwicheries, un hôtel, des commerces… « C’était plus facile à l’époque », raconte Kamel, qui se serait bien lancé lui aussi sur les traces de son père. « Il a commencé dans les années 70, c’était beaucoup simple. Il achetait, il revendait… Aujourd’hui va demander à une banque de te faire confiance », lâche-t-il, un peu blasé. Les succès et les revers s’en sont également suivis. « Problèmes de personnel », confie Ahmed, un peu énigmatique. « Mon père a beaucoup gagné, et il s’est parfois fait avoir aussi », confirme Kamel avec un peu de colère dans la voix contre les responsables, avant de clore cette parenthèse sur de l’histoire ancienne. Il y a quatre ans, ahmed achète l’épicerie de Belcier et son fils prend en main le gestion du magasin. Chacun gère son commerce de son côté désormais. Mais les deux n’ont dans tous les cas pas fini de se rendre visite.

Stéphane Raes

Un commentaire
  1. olfa :

    Date: 21 mars 2009 @ 16:25

    olfa 39 ans j aime ton age,je suis modeste je souhaite une vie avec un homme de ton age et je ne suis pas marié

Laisser un commentaire

Votre commentaire
Merci de soigner l'orthographe et d'éviter le langage SMS.

Attention: La modération de votre commentaire peut demander un peu de temps. Ne renvoyez pas votre commentaire s'il n'apparaît pas immédiatement.

You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>