Dans la tête de Marcel
27 novembre 2008 12:54 Les gensMarcel a 80 ans. Il vit dans le quartier, près de la bibliothèque Son-Tay, depuis déjà trente ans et s’y sent bien, comme il aime à le répéter. S’il explique souvent les mêmes choses, c’est aussi parce qu’il a quelques petits problèmes de mémoire. L’interroger sur la vie du quartier, les projets en cours, ne servirait à rien. « Ah ça je ne sais pas, et puis je perds un peu la tête », confie-t-il comme pour se justifier.
Pour avoir des réponses avec Marcel, il faut donc insister et reposer plusieurs fois les mêmes questions. Au bout de quelques secondes, le vieil homme se souvient qu’il est né à Marmande. Il a toujours vécu dans la région. « J’ai travaillé comme cuisinier à l’hôtel Normandie pendant 27 ans ». Il vivait alors « au loyer » dans la rue Vital-Carles. Ça, Marcel s’en souvient bien et le répète une bonne dizaine de fois au cours de la conversation.
Avec son épouse, femme de chambre, ils ont acheté dans le quartier pendant les années soixante-dix, dans une rue à l’angle de la place Ferdinand-Buisson. Une maison à étage. La cuisine est toute équipée, moderne, avec ses meubles en formica. Un téléviseur à écran plat géant trône au milieu du salon, face aux fauteuils style Louis XV. Tout est très propre et bien rangé. Marcel et son épouse ont une femme de ménage. « C’est une belle maison, elle vaudrait cher aujourd’hui. A l’époque on l’a eue pour une bouchée de pain, je ne me souviens plus du prix, je perds la mémoire. »
« Ma femme me fait marcher »
« Depuis que j’ai soixante ans, j’ai une spondilarthrite ankylosante », c’est pour cela que Marcel marche avec une canne. « Je prends des cachets tous les jours mais il n’y a rien à faire, j’ai plein de douleurs partout. » Son seul remède, c’est la marche, qu’il pratique tous les jours, seul ou avec sa femme. « Elle, elle est toujours en vadrouille, à faire des courses ou chez des amies » . Marcel, lui, ne parle pas beaucoup mais connaît tout le monde dans sa rue. Il occupe ses après-midi à regarder les boulistes sur la place, ou à jouer aux cartes dans le foyer de l’association Phénix, à deux pas de chez lui. Le Kilian n’est pas très loin non plus, mais il n’y va jamais. Une rivalité entre les clients du café et les boulistes ? Marcel ne sait pas, « c’est juste que je ne fréquente pas les bars, c’est comme ça , et de toutes façons, je perds la mémoire».
Claudia Caratori
