Cheminot : un « job comme un autre »

16:52 Sur les rails

"Attention au départ!"

« Chez nous, tout le monde est cheminot », résume Thierry Vergne. De l’aiguilleur au directeur des ressources humaines, du vendeur de tickets au conducteur, pour ce responsable de l’agence de recrutement de la SNCF (*), le « cheminot »  est simple à définir : il est tout simplement salarié de la SNCF.
Le site www.recrutement-sncf.com relaie les besoins en personnel des vingt-trois régions SNCF. Tri des CV et des lettres de motivation, sélection, réunion, entretien, tests intellectuels et psychologiques, re-sélection, re-tests et formation d’un an maximum sont les quelques étapes à franchir par tout candidat aux métiers du « chemin de fer ». Pour la région Ouest  (Bordeaux, Toulouse, Limoges), la sélection se déroule dans les locaux du Pont du Guit.
Ici, le couloir aux murs jaunes parsemés de photos touristiques conduit au cœur du dispositif. Une salle de classe remplie d’ordinateurs et un rétroprojecteur qui présentera en quelques images la société aux candidats.

Plasticité, employabilité, compatibilité

Derrière la figure mythique du conducteur de train, le cheminot présente plusieurs visages. Aiguilleur, opérateur, régulateur, contrôleur, vendeur, ingénieur, il y en a, à priori, pour toutes les aptitudes. Pour intégrer la SNCF, place au management et à la logique d’entreprise. « Plasticité, employabilité, compatibilité, mobilité »… Thierry Vergne ne parle pas vraiment comme Jean Gabin dans la Bête humaine. La poésie ferroviaire prend chez lui des allures de mode d’emploi pour réussir son entrée dans le 21e siècle. Et dans cette perspective, le conducteur de train n’a rien d’un « seigneur du rail ». Il est même en bas de l’échelle. « Pour conduire un train, il faut avoir le baccalauréat. On ne prendra jamais un Bac + 2 ». C’est une question de statut. A chaque niveau de qualification correspond un panel restreint de métiers. La sous-qualification, à la SNCF on ne veut pas en entendre parler.

Alors, place à la hiérarchie alphabétique. De A à D, « l’exécution » , c’est-à-dire un niveau de recrutement allant du brevet jusqu’au bac. Sur ce premier palier, on trouve aussi bien les agents de surveillance,  les commerciaux que les conducteurs de train. De D à F, c‘est la « maîtrise ». Les titulaires d’un bac + 2/3 occupent des postes à responsabilité, à tous les niveaux. Enfin, au bout du H, avec des masters (Bac + 4/5) siègent les « cadres ». Pour ces derniers, le recrutement s’opère en région parisienne.

Un plan de carrière à la SNCF c’est un peu une odyssée, la sécurité de l‘emploi en plus. Et c’est ce qui attire beaucoup d’aspirants cheminots. Afin de gravir les échelons un par un, ils peuvent compter sur « la mobilité interne ». Une sorte d’omnibus qui mène du statut de col bleu à celui de col blanc par le biais de la formation. Mais la mode est au TGV, et on préfère arriver à destination sans escale. Comme dans toute grande entreprise, les dirigeants viennent exclusivement des grandes écoles.
La « plasticité » exigée des postulants se conjugue alors avec les autres formes de mobilité offertes par l‘entreprise : mobilité géographique, reconversion et reclassement. Les chemins de fer s’ouvrent à la concurrence et les restructurations façonnent la carrière des cheminots. La motivation et l’expérience pèsent peut-être moins que « l’employabilité » du candidat ou « la compatibilité » de son profil.

La SNCF est devenue une entreprise concurrentielle et tournée vers l’avenir. Salarié de la « grande famille du rail » ? Un job comme un autre.

Raphaël Burgos et Jessica Thomas

(*)  L’AMRO ( Agence Mutualisée de Recrutement et d’Orientation) est installée au 3, Pont du Guit.

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