Escales de l’Espérance : sur les étagères de Gérard
26 novembre 2008 12:50 Hôtel de l'Espérance
En décembre, cela fera quatorze ans que Gérard a posé ses valises à l’Espérance. Jeans et t-shirt noir, médaille de scorpion autour du cou, lunettes à gros foyers et charentaises bleues, il est chez lui. Et pour 450 euros par mois, son chez lui c’est la petite chambre qu’il a aménagé au fil des ans.
La gazinière sur laquelle, avec Papi, son voisin et complice, ils cuisinent chaque soir, occupe un des coins de la pièce. « Bientôt, on aura des plaques électriques, question de sécurité. » A côté du frigo et de la télévision, « reliée à la TNT », trônent sur une étagère les petites voitures majorette, ainsi que la photo d’un adolescent en tenue de footballeur. Gérard précise fièrement : « C’est Axel, mon filleul. Il a quinze ans et habite avec sa mère à Saint-Michel. Sa maman est une amie ».
Sur une armoire, les photos encadrées de deux petits garçons sont alignées précieusement. « Ce sont les petits-enfants de Marie et Roger, les patrons de l’hôtel. Quand ils arrivent, ils foncent dans mon frigo. J’ai toujours des petites briques de jus de fruit pour eux. » Gérard garde l’Espérance quand le couple s’absente. « On s’entend très bien. Ils sont très gentils, surtout Marie. Elle fait ma lessive et m’assiste pour les papiers administratifs. »
A 54 ans, des tracas administratifs, il n’en manque pas. Bénéficiaire d’une allocation handicapé, il se rend régulièrement à l’hôpital. « Je touche 700 euros par mois. Une fois le loyer payé, il me reste 250 euros pour vivre. » Ses soucis de santé, Gérard les évoque sans s’apitoyer et avec une autodérision mordante : « Mes yeux sont foutus, mon bras droit est foutu et mes jambes, elles marchent quand elles le veulent bien. »
Envoyer chier le patron
Le Rochelais porte dans sa chair les traces de l’accident de voiture dans lequel il a perdu sa femme et ses enfants. A l’époque, il travaillait dans une usine de poissons à Nantes, s’est retrouvé du jour au lendemain seul. « J’ai décidé d’envoyer chier le patron. De toute façon, ma santé ne me permettait plus d’accomplir ce travail difficile. » Un après-midi, à trois heures, il prend le premier train pour Bordeaux, « pour fuir le climat pluvieux de Nantes… ». Sa petite voisine, à qui il avait dit qu’il allait faire des courses, l’attend toujours.
A l’Espérance et à Bordeaux, Gérard se sent bien. « C’est une très belle ville. L’été, je vais au lac à Bègles me baigner. Puis je vais voir des amis à Saint-Michel. » Les CD de Joe Dassin, Mike Brant et Claude François sont près de son lecteur de musique. « J’aime tout ce qui est vieux. La valse et le tango également. La musique de jeune, le rap et tout ça, c’est pas trop pour moi », souligne-t-il amusé.
Malgré ses fins de mois difficiles, cette nostalgie assumée ne l’empêche pas de penser aux autres, « les jeunes surtout, faut qu’ils s’en tirent ». Il regrette que tout s’écroule aujourd’hui, ironise sur « l’argent soit-disant fort ». « De mon temps, pour 50 centimes, on faisait un tour d’autoscotter et pour cent balles, on s’amusait toute la journée. »
Sur la table de chevet, une statuette blanche de la Vierge Marie. « J’ai quand même fait ma communion. Ça garde un sens pour moi. Mais je ne crois plus au ciel. Avec toutes les misères qui me sont arrivées, si il y avait un bon dieu… »

Anthony Hernandez et Pierre Saulnier
Augustin Arrivé :
Date: 27 novembre 2008 @ 2:15
Mais ce n’est pas vieux du tout, Joe Dassin, Gérard!
“On allumait une cigarette et tout s’allumait…”