Les deux vies de Denise

18:59 Sur le trottoir
Tenue de prostituée le matin, tenue de citadine l'après-midi
> Tenue de prostituée le matin, tenue de citadine l’après-midi (photo C.J.)

Ça fait quarante ans que Denise, 63 ans, se prostitue. Mais son quotidien ne s’arrête pas là. Elle revendique aussi son autre vie ; celle d’une femme « normale » et coquette qui adore se gâter. Et plus les années passent, plus Denise y accorde de l’importance. Aujourd’hui, elle préfère séparer clairement ses deux vies. Le matin, Denise est prostituée. L’après-midi, elle devient citadine.

Prostituée le matin

Levée à 5 h 30 au centre-ville de Bordeaux, Denise embauche deux heures plus tard. Le temps de trouver difficilement où garer sa camionnette. « J’ai commencé la prostitution cours Pasteur. J’y faisais le trottoir de nuit. Maintenant, je ne travaille qu’avec la caravane et seulement la journée. Les clients du jour sont plus sympas que ceux de la nuit. On trouve moins d’hommes saouls ». Rue Bac-Ninh, Denise accueille ses clients – souvent des habitués qu’elle tutoie – sur la couchette de la camionnette. La plupart sont mariés, les autres sont divorcés ou « n’ont pas envie de s’embêter à aller draguer. Je suis un peu une assistante sociale de l’amour ». A l’intérieur du camion, des photos d’elle nue sont accrochées au milieu des clichés de sa fille, de sa sœur et de ses petits-enfants. C’est un de ses clients qui l’a photographiée, il y a trois ans.

Décomplexée Denise. Vraiment :

Dans cette rue, Denise se sent un peu comme chez elle. Elle y reste souvent jusqu’à 14 heures. « Mais je viens vraiment quand j’en ai envie … enfin, quand les fonds sont en baisse », sourit-elle. Héritière d’une ancienne génération de prostituées, indépendante depuis ses débuts, Denise affirme ne pas faire mystère de son métier : « Toute ma famille est au courant, elle le sait depuis le début et ça ne lui pose pas de problème ». Sur l’un des murs de son étroite « cabane » - comme elle se plaît à l’appeler – une citation attire l’œil : « Les femmes ont besoin d’une raison pour faire l’amour ; les hommes ont juste besoin d’un endroit ». Dans son endroit à elle, les clients découvrent son corps pour vingt euros la fellation, quarante l’amour et cinquante « pour les extras : les positions un peu particulières, quoi ».

Citadine l’après-midi

« Mais à part ça, j’ai une vie normale ». Passé 14 heures, Denise change de peau. Et ça commence par le vestimentaire. Elle troque son costume de scène contre ses vêtements civils. Tous ses habits de prostituée, qu’elle achète au magasin Jennyfer ou dans les bazars arabes cours Victor-Hugo, restent dans la camionnette. Elle la range dans un garage privé sur les grands boulevards avant de s’installer dans une voiture de ville.

Pour Denise, ces deux vies n’en sont qu’une. Malgré les nombreuses difficultés à exercer dans ce quartier avec l’arrêté préfectoral, les problèmes de stationnement, les riverains mécontents, Denise veut continuer à travailler derrière le Pont en U avec son camion. Elle ne compte pas changer sa façon de faire. « Le dernier arrêté municipal ne m’arrange pas la vie. Il faut que je me déplace souvent, les policiers me menacent d’amendes.»

Le nouvel arrêté ? De l’hypocrisie. Attendre le client à pied sur le trottoir, pas de soucis. Mais dès qu’il s’agit de garer une camionnette quelque part, les interdits tombent. « On est hors-la-loi, on le sait. Mais il faut bien travailler quand même, que voulez-vous ? »

Christelle Juteau et Virginie Wojtkowski

6 Commentaires
  1. Stéphane M. :

    Date: 27 novembre 2008 @ 0:22

    L’article est très bien. Il y a beaucoup d’humanisme là-dedans. On aurait presque envie d’aller lui rendre visite à Denise, histoire de prendre un petit café. Une femme sans doute très attachante, en tout cas elle ne laisse pas indifférent.
    En revanche, et c’est un homme de télé (JRI) qui vous parle, la vidéo n’a aucun intérêt. Désolé mais c’est inintéressant. Les images ne racontent rien, c’est une succession de plans sans intérêt, qui plus est mal raccordés…La télé, ce n’est pas que de l’image, c’est une histoire en images avec un début, un milieu et une fin. Je suis sûr qu’il y avait matière à faire mieux que ça. Je suis un peu dur mais c’est pour votre bien mes petits…
    A part ça, c’est une très bonne idée ce blog, je n’ai pas encore tout lu mais j’y travaille. Continuez comme ça…

  2. Tibo :

    Date: 27 novembre 2008 @ 13:13

    Super personnage …
    j’ai bien aimé entendre les questions dans le premier entretien.

  3. Pti...Mich. :

    Date: 3 mai 2010 @ 21:26

    Tombé par hasard sur le site de Denise, alors que je cherchais les horaires d’un train pour Paris….
    je n’ai pas été déçu par ce reportage qui n’a rien de racoleur et donne envie de converser, sans, plus avec Denise.
    Qui sais peut être un jour de cafard ?
    moi aussi j’aimerais prendre un café avec elle

  4. philippe :

    Date: 10 décembre 2011 @ 21:47

    j ai connu denise voici 20 ans pas comme client mais elle frequentaist le bar ou je travaillais c est quelqu un qui aime les gens tres gentille et simple jen garde un tres bon souvenir pour elle la prostitution n a jamais ete un probleme c est son choix et elle le vit tres bien et sans contraite bises a elle

  5. bee :

    Date: 7 avril 2012 @ 20:46

    bien souvent ces traditionnelles payent des impots, urssaf, charges sociales et ont un mérite, une force de caractère au-delà de bien des femmes!

  6. ledou :

    Date: 25 novembre 2013 @ 21:08

    une tres belle femme qui donne envie de la rencontré ,une femme qui merite le respect

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