Escale à l’Espérance : la patronne s’appelle Marie

19:26 Hôtel de l'Espérance, Les gens

Un chiffon à la main, Marie nettoie la tuyauterie qui court le long des murs de la chambre de Christian, un pensionnaire de l’Espérance. Elle et son mari, Roger, terminent l’installation du nouveau lavabo. Marie a envoyé Christian se promener pour travailler tranquillement. Elle rouspète, le locataire est rentré plus tôt que prévu : « Maintenant ça va être dur de finir le ménage. »

Marie, c’est la patronne de l’hôtel. Elle tient la maison depuis onze ans. Tous les jours, elle s’occupe des travaux d’entretien. Pour les clients, la petite dame blonde n’est pas une simple logeuse. Ici, les locataires résident au mois. Douze chambres. Beaucoup vivent du RMI, d’allocation handicapé, ou sont sous tutelle. Marie est tour à tour leur infirmière, une aide pour remplir les dossiers de retraite ou une mère qui sermonne des pensionnaires pas toujours faciles.

Quand les clients se baladent dans le couloir du rez-de-chaussée, ils s’arrêtent discuter avec Marie et Roger dans leur salon. On allume une cigarette autour de la table. Sur le gros buffet, trônent les ballons et les coupes. Ça cause sport, tracas quotidiens, ça rigole gentiment des voisins de chambre et de leurs petits travers. Un souci d’insectes dans une chambre ? Marie sort une bombe de son placard. Elle en profite pour demander un coup de main pour réparer un vieux poste de radio.

Comme Roger est soudeur, Marie a suivi son homme dans une caravane sur les chantiers. Paquebots de Saint-Nazaire, raffinerie de Feyzin, centrales nucléaires… Roger a son poinçon de soudeur sur le viaduc de Millau. Marie en est très fière. Maintenant, il enchaîne les contrats d’intérim, mais le premier janvier, il prendra sa retraite.

Le couple a possédé également un magasin à Royan. Treize années. Les souvenirs de cette époque couvrent les murs du salon. Deux ans avant l’Espérance, Marie et Roger dirigeaient une brasserie à deux pas de l’hôtel. Un trottoir à traverser.

Tomates farcies

Pour certains, Marie et Roger sont une deuxième famille. Dans sa chambre, Gérard a encadré des photos des enfants du couple. « Je suis là depuis onze ans. Marie, c’est un amour. Elle nous aide pour les petites choses de tous les jours : la lessive, les papiers… »

Papi aussi, Marie l’aime bien. « Avec Gérard, ils sont copains comme cochon. Ils sont très gentils. » En échange des bons soins de leur hôtesse, chacun met la main à la pâte, à sa manière. Gérard bricole et tient l’hôtel quand le couple part en week-end. Papi sort les poubelles.

Il n’y a que des hommes à l’Espérance. « Les femmes sont folles », rigole la patronne. Pas toujours tendre avec ses locataires : « Il faut les surveiller. J’en ai des malins. Certains boivent beaucoup alors, je les recadre. Quand ça ne suffit pas, c’est mon mari qui s’en charge. Là, ils ont peur et on a la paix pour un moment. Mais quelques mois plus tard, il faut recommencer. »

Pour les locataires, les fins de mois sont souvent difficiles. Tout le monde se serre les coudes. On se dépanne d’un paquet de cigarettes ou d’une petite somme. « Certains ont le droit d’aller aux Restos du cœur, confie Roger, mais ils n’y vont pas. Même si ça nous aiderait, je les comprends. » Marie cuisine un peu pour eux. « Si je fais des tomates farcies pour nous deux, j’en prépare plus. Des pensionnaires ont leur bol de soupe tous les soirs »

Dans quelques années, le couple partira. Marie vendra son fonds de commerce. Quelqu’un prendra-t-il la gâche ? L’hôtel continuera-t-il à accueillir les gens au mois ? Marie n’est que locataire ici. Donc tout déprendra de la propriétaire des murs. « J’ai appris que des promoteurs louchent sur l’hôtel. Que construiront-ils ? Des bureaux ? Des logements ? Ce que je sais, c’est que nous, on ne sera plus à l’Espérance. » Cette échéance-là, Gérard, Papi et les autres préfèrent ne pas y penser.

Pierre Saulnier et Anthony Hernandez

Cliquez ici pour voir le diaporama de l’hôtel.

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