La fillette et l’épicerie

17:43 Les gens

L’épicerie est déserte. Un jeune employé, debout derrière son comptoir, lit le journal du jour. Il est 11 h 30. Deux mandarins chantonnent et couvrent le léger son de la radio. Une atmosphère sereine règne dans cet endroit. Des litres de Coca s’entassent sur le sol. Des magnums de vin sur les étagères, du papier à rouler, des cabines téléphoniques dans les profondeurs de la petite boutique. Cette épicerie a des allures de bazar.

Une photocopie, un fax, un coup de fil, c’est ici. Du pain, des conserves, des chaussons, c’est ici aussi. Dans la seule épicerie de la rue des Terres de Bordes. Pourtant aucun client n’entre encore. L’employé décide alors de sortir. Il allume une cigarette et trempe ses lèvres dans son café. Sa plaisante solitude s’interrompt. Un homme. Ils s’embrassent et commencent à discuter d’une histoire de procès, d’avocats et de conflit avec un procureur.

Une petite fille surgit au même moment. Son cartable à roulettes suit le rythme de ses foulées. Elle ne fait pas attention à l’employé de l’épicerie et le heurte. Aucune excuse. Pressée, elle pousse la porte de la petite épicerie du coin. Dehors, les deux hommes ne sont pas perturbés et continuent de critiquer le système judiciaire. Une voiture se gare juste devant eux. Un homme vêtu d’un uniforme de pompier attend dedans. La fillette sort de l’épicerie et s’adresse à lui. « C’est bon papa,  tu peux y aller, t’inquiète pas ». « Tu as vu maman, c’est bon? », lui répond-il. « Oui, elle est très occupée mais c’est bon tu peux partir», affirme-t-elle. Son papa démarre sa voiture et s’en va l’air enfin rassuré. Elle retourne dans l’épicerie suivie de l’employé qui reprend son travail.

Gwladys Lescouzères

2 Commentaires
  1. TomdeBorde :

    Date: 23 novembre 2008 @ 20:41

    Merci à Kamel d’être venu ici, faire revivre cette rue, dépanner les gens du coin, du matin jusqu’à minuit…

    Ce quartier est vivant, il est riche de son cosmopolitisme, les fillettes heurtent les épiciers, les voyageurs de passage croisent les habitués des comptoirs, les gars de la mairie qui nettoient si peu ces rues y passent pourtant les moments les plus agréables de leur journée de travail, et puis, les voisins, riverains, acteurs du quartier, se connaissent, s’interpellent, se croisent, se détestent et s’apprécient, mais rarement ne s’ignorent.
    Ici, les prostituées saluent les mères revenant de l’école, les policiers passent dans les rues, les bobos cotoient les anciens prolos…

    Il y a de la vie, dans ce quartier, de la vraie, pas de la fabriquée ou de la décrétée, même pas de la classée, mais de la vie que l’on construit, que l’on subit aussi parfois, dans toutes sa complexité, regroupant en si peu d’espaces tant de diversité, du sombre au clair, de la peur des empoignades éthyliques au petit matin au sourire de cette fille venue de l’Est ou d’Afrique chercher un peu de meilleur et qui panse l’âme sombre de l’humanité, sous le regard clair des enfants du jardin des jeux.

    Ce quartier, c’est le mien, c’est le nôtre, bienvenue en humanité.

  2. Touma :

    Date: 24 novembre 2008 @ 16:11

    Un trés grand merci à ces étudiants journalistes pour faire découvrir et tout simplement faire vivre notre quartier de la gare St Jean. Il est trés cosmopolite et on y est bien.Dommage qu’il est une aussi mauvaise réputation.

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